| | | DC : la querelle des écritures | |
| | Auteur | Message |
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Abd95 Confirmé

Nombre de messages: 477 Date d'inscription: 27/10/2006
 | Sujet: DC : la querelle des écritures Mar 30 Jan - 22:10 | |
| Salam La querelle des écritures Durant le Haut Moyen-Âge, l'Ecriture est restée l'apanage exclusif des gens d'Eglise, pour ne pas dire du haut clergé. Peu de gens savaient lire, et le texte était en latin, une langue morte dont peu de gens maniaient les subtilités. L'Eglise possédait sur la Bible un monopole de facto puisqu'elle la lisait, la commentait, l'enseignait, la copiait sans que jamais le commun des fidèles ne soit invité à participer à ces travaux. De plus la Bible possède une longue histoire préchrétienne et la Vulgate de Jérôme n'était qu'une version parmi d'autres avant que l'on ne se décide à en faire la seule orthodoxe. Au 15e siècle cet ordre séculaire a commencé à être remis en cause, les laïcs les plus instruits (juristes, marchands, etc.) se sont mis à lire la Bible en privé, L. Valla puis D. Erasme ont mené leur propre travail de traduction à partir du texte grec. Plus tard les Protestants ont été jusqu'à reprendre à leur compte la Bible hébraïque et sa division tripartite (Loi/Prophètes/Ecrits). Après Wycliffe, Hus et surtout Luther ils ont également mis un grand soin à faire traduire le texte latin en langue vernaculaire afin de le rendre accessible à tous. Dès lors la lecture quotidienne est devenu un rite central dans les églises réformées, mais il a fallut attendre longtemps pour qu'il en soit de même chez les Catholiques. Ce long monopole et cette exégèse monolithique ont bien évidemment engendré rancoeurs et frustrations de toutes sortes. Toutes ces questions ne sont guère posées en Islam, où le texte coranique en lui-même fait l'objet d'un consensus unanime. En revanche jamais les commentaires du Kur'an (le Tafsir) n'ont été contrôlés par une institution qui en aurait limiter l'interprétation, il suffit de lire les différents travaux réalisés dans le domaine à travers les siècles pour s'en rendre compte (Tabari, Razi, Ibn Kathir, etc.). De plus, le fait de conserver le texte en langue originale a également été une question consensuelle en Islam. A l'inverse des Chrétiens, qui on a abandonné le latin (et de fait à juste titre puisque la traduction latine de la Bible était elle-même une version remaniée du texte grec, lui-même copié de l'hébreu et de l'araméen), les fidèles musulmans ont toujours été invités à avoir de bonnes connaissances en langue arabe. De fait, tandis que dans le Christianisme, on a fait descendre le Texte jusqu'aux hommes, dans l'islam, on a demandé aux hommes de parvenir à s'élever jusqu'au texte. Certes, les deux situations ne sont pas tout à fait comparables. Effectivement, si la révélation sur le Mont Sinaï et le Sermon de la Montagne avaient été donnés en latin, et si langue latine était restée la langue de la très grande majorité des fidèles, la question de savoir si la messe doit être célébrée en latin ou en langue vernaculaire ne serait probablement jamais posée. |
|  | | Veli Junior

Nombre de messages: 55 Date d'inscription: 25/11/2006
 | Sujet: Re: DC : la querelle des écritures Jeu 1 Fév - 16:27 | |
| Salam, | Abd95 a écrit: | Toutes ces questions ne sont guère posées en Islam, où le texte coranique en lui-même fait l'objet d'un consensus unanime. En revanche jamais les commentaires du Kur'an (le Tafsir) n'ont été contrôlés par une institution qui en aurait limiter l'interprétation, il suffit de lire les différents travaux réalisés dans le domaine à travers les siècles pour s'en rendre compte (Tabari, Razi, Ibn Kathir, etc.). De plus, le fait de conserver le texte en langue originale a également été une question consensuelle en Islam. A l'inverse des Chrétiens, qui on a abandonné le latin (et de fait à juste titre puisque la traduction latine de la Bible était elle-même une version remaniée du texte grec, lui-même copié de l'hébreu et de l'araméen), les fidèles musulmans ont toujours été invités à avoir de bonnes connaissances en langue arabe. De fait, tandis que dans le Christianisme, on a fait descendre le Texte jusqu'aux hommes, dans l'islam, on a demandé aux hommes de parvenir à s'élever jusqu'au texte. Certes, les deux situations ne sont pas tout à fait comparables. Effectivement, si la révélation sur le Mont Sinaï et le Sermon de la Montagne avaient été donnés en latin, et si langue latine était restée la langue de la très grande majorité des fidèles, la question de savoir si la messe doit être célébrée en latin ou en langue vernaculaire ne serait probablement jamais posée. |
Je ne suis pas vraiment convaincu par la célèbre thèse d'un "consensus unanime" à propos de la vulgate coranique. Ce consensus me semble s'être constitué a posteriori.
Les deux situations de l'islam et du christianisme, notamment du point de vue de leurs rapports à la notion de texte sacré, ne sont effectivement pas comparables. Dans le premier cas, ce qui assume pleinement l'absoluité est la Parole divine qu'est le Coran. Miracle par excellence, elle est sur terre la seule réalité ontologiquement divine. En chrétien, c'est au Christ que revient cette fonction, en tant qu'incarnation du Verbe. Si le Coran est au Prophète (saa) ce que Jesus (as) est à Marie (as), les Evangiles pourraient presques être comparés aux hadiths... Le statut de sacralité du texte n'est donc nécessairement pas le même. _________________ "Credo quia absurdum"...
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|  | | Abd95 Confirmé

Nombre de messages: 477 Date d'inscription: 27/10/2006
 | Sujet: Re: DC : la querelle des écritures Ven 2 Fév - 17:40 | |
| Salam La meilleure preuve du consensus coranique n'est peut-être pas philologique, ... mais politique De fait, il n'y a pas une seule action commise par les premiers califes qui ne trouve grâce auprès des Shi'ites. Ils se sont même faits une spécialité de la critique adressée aux Compagnons n'ayant pas soutenu 'Ali (sab al-sahaba). Or, et hormis de très rares exceptions (Ismaéliens tardifs et autres ghulat druzes), tous les Shi'ites sont unanimes avec les Sunnites sur la Lettre du Texte, même s'ils divergent profondément sur son interprétation ou son esprit. C'est pour moi la meilleure preuve ... Effectivement, faisons une analogie. Imaginons que l'on puisse avoir la preuve que Marcionites, Judéo-Chrétiens, Pauliniens, Johannistes etc. se soient tous entendus, à la virgule près, sur un texte attribué à Jésus lui-même. Etant donné leurs énormes divergences par ailleurs, on aurait toutes les raisons de croire que le texte en question soit "très très probablement" authentique, non ? Pour autant, je suis bien d'accord sur une chose, ce qui sépare le "très très probablement" du "absolument certain", c'est la foi, et la foi est une affaire de grâce, et non d'argumentation. Wa Allah 'alam |
|  | | Veli Junior

Nombre de messages: 55 Date d'inscription: 25/11/2006
 | Sujet: Re: DC : la querelle des écritures Lun 19 Fév - 17:47 | |
| | Abd95 a écrit: | Salam
La meilleure preuve du consensus coranique n'est peut-être pas philologique, ... mais politique
De fait, il n'y a pas une seule action commise par les premiers califes qui ne trouve grâce auprès des Shi'ites. Ils se sont même faits une spécialité de la critique adressée aux Compagnons n'ayant pas soutenu 'Ali (sab al-sahaba).
Or, et hormis de très rares exceptions (Ismaéliens tardifs et autres ghulat druzes), tous les Shi'ites sont unanimes avec les Sunnites sur la Lettre du Texte, même s'ils divergent profondément sur son interprétation ou son esprit.
C'est pour moi la meilleure preuve ...
Effectivement, faisons une analogie. Imaginons que l'on puisse avoir la preuve que Marcionites, Judéo-Chrétiens, Pauliniens, Johannistes etc. se soient tous entendus, à la virgule près, sur un texte attribué à Jésus lui-même. Etant donné leurs énormes divergences par ailleurs, on aurait toutes les raisons de croire que le texte en question soit "très très probablement" authentique, non ?
Pour autant, je suis bien d'accord sur une chose, ce qui sépare le "très très probablement" du "absolument certain", c'est la foi, et la foi est une affaire de grâce, et non d'argumentation.
Wa Allah 'alam |
Salam,
Excusez-moi je n'ai pas eu le temps de vous répondre. Je développerai dés que j'en aurai le temps inshallah mais je ne pense pas que cette unanimité soit si évidente. Il y a de nombreux textes relevant du shiisme originel qui se montrent très critiques à l'égard de la version 'uthmanienne. Et le consensus n'est pas non plus évident du côté "sunnite", d'ailleurs quand il s'agit de cette période on devrait user de ce terme avec précaution puisque l'identité est justement en cours de constitution.
Le consensus fut certes politiques mais dans la mesure même où c'est politiquement qu'il s'est avéré nécessaire et donc qu'on l'a forcé. _________________ "Credo quia absurdum"...
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|  | | Abd95 Confirmé

Nombre de messages: 477 Date d'inscription: 27/10/2006
 | Sujet: Re: DC : la querelle des écritures Jeu 22 Fév - 9:23 | |
| As salam aleikum Les éléments en question sont suffisants pour convaincre une personne rationnelle, ils seront toujours insuffisants pour convaincre quelqu'un qui souhaite absolument ne pas être convaincu ... Quant aux écrits ultra-shi'ites en question, ils ne paraissent guère dignes de créance, en effet ils ont été forgés dans les mêmes milieux proto-ismaéliens qui affirmaient des choses aussi invraisemblables que : "Ali était le vrai prophète", "il était à la semblance de Dieu", "des compagnons étaient les agents de Satan", "Fatima était comme la Vierge Marie", etc. |
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