Salam aleykum
Si Mohammedi Saïd1912-1994
Mohammad Saïd a vu le jour à Aït-Frah, près de Fort-National (actuellement Larbaa Nath Iraten) sur les flancs du massif du Djurdjura, à l'Est de Tizi-Ouzou, en Grande Kabylie.
Militant de l'Etoile Nord-Africaine de Messali Hadj dès son adolescence, il est contraint d'effectuer son service militaire dans l'armée française en 1933-1935. Quelques années plus tard, ses très vifs sentiments anticoloniaux l'amènent à faire un choix qui lui sera durement reproché par la suite, celui de l'alliance allemande. Lors des combats qui opposent l'Afrika Korps et les alliés anglo-américains en Afrique du Nord à la fin de l'année 1942, Mohammedi Saïd est donc parachuté d'un avion militaire allemand, à la tête d'un groupe de trente soldats algériens, avec pour mission de déclencher une révolte contre les forces françaises en Algérie. L’avion doit les larguer en Kabylie, mais le pilote allemand, craignant d'être abattu sur les hauteurs des montagnes du Djurdjura par des batteries anti-aériennes, dépose finalement les hommes dans la région de Tébessa. Privé des appuis qu'il escomptait recevoir dans sa région natale, Mohammedi est rapidement capturé. Incarcéré au fort de Lambèse (actuellement Tazoult), il sera condamné à la peine capitale.
Gracié (suite à l'intervention d’un de ses proches, un caïd influent), il sera finalement libéré en 1952. Il reprend contact avec le militantisme clandestin et notamment avec les membres rescapés de l’OS (Organisation Spéciale) fondée pendant son emprisonnement par les militants les plus résolus du PPA-MTLD de Messali Hadj. Il assiste au déclenchement de l'insurrection du 1er novembre 1954. Presque immédiatement, il rejoint la clandestinité sous le nom de guerre de "Si Nacer" et devient l'adjoint de Belkacem Krim. Membre du FLN et du CNRA, il participe à la structuration de la Wilaya III qui comprend la Kabylie et les régions avoisinantes. Il est présent au congrès de la Soummam (août 1956) qui réunit la quasi-totalité des chefs de l'insurrection.
A la fin de l'année 1956, suite au départ de Belkacem Krim pour Alger puis pour l'étranger, il le remplace avec le grade de colonel de l'Armée de Libération Nationale. Parmi ses adjoints d'alors, quelques-uns des noms les plus célèbres de la guérilla : Abderahmane Mira, Aït Hamouda Amirouche, Mohand Ouldhadj et bien d'autres.
A leur tête il commande plusieurs opérations contre les troupes françaises et leurs supplétifs harkis, mais aussi contre les maquisards du M.N.A (c'est à cette époque qu'aura lieu le tristement célèbre massacre de Melouza, mai 1957). Sa taille imposante, son embonpoint, son passé mouvementé, mais surtout son caractère impétueux et iconoclaste contribuent à forger sa réputation, il aime notamment arborer son casque allemand, souvenir de son bref passage dans la Wehrmacht. De tous les colonels de l'ALN, Mohammed Saïd sera également l'un de ceux qui se distingueront le plus dans la promotion du caractère islamique de la révolution du 1er novembre. Il tenait notamment à ce que la prière soit effectuée de façon rigoureuse par tous ses soldats et n'accordait sa confiance qu'aux plus pieux d'entre eux.
Appelé à d'autres responsabilités durant l'été 1957, Mohammedi Saïd parvient à rejoindre l'état-major général (EMG) établi en Tunisie en laissant le colonel Aït-Hamouda Amirouche lui succéder à la tête de la troisième Wilaya. Il se rend ensuite en Egypte où il intègre durant quelques temps les rangs de l'Académie militaire. Il retrouve alors K. Belkacem qui le nomme en avril 1958 à la tête du Comité d'Organisation militaire de l'Est (COM-Est), avec autorité sur tous les éléments de l'ALN installés en Tunisie. A ce titre il supervise la "bataille des frontières" qui s'avèrera cependant être un échec coûteux en hommes et en matériel. Il quitte alors le domaine militaire pour celui des compétences civiles (1959). Entre 1960 et 1962 il est ministre d'Etat dans le deuxième puis dans le troisième gouvernement du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA). Il rejoint l'Algérie lors de la proclamation de l'Indépendance. Après avoir été brièvement ministre de l'Education et de la Santé du gouvernement d'A. Ben Bella (4 août 1962), il est élu député de la circonscription de Tizi-Ouzou puis vice-président du gouvernement (18 septembre 1963). Il se rallie au coup d'Etat de H. Boumediene en 1965 et se voit maintenu au Conseil de la Révolution. Mais les deux hommes ne s'entendent guère et Mohammedi Saïd est bientôt écarté de toute responsabilité (1966).
A la fin des années 1980, aigri et usé par des années de mise à l'écart, il apporte son entier soutien au FIS (Front Islamique du Salut) alors que celui-ci entame son bras de fer avec le pouvoir. Malgré son grand âge, il est candidat du FIS à la députation en 1991, mais ses sorties verbales provocantes causent finalement beaucoup du tort à l'image du parti. Condamné au silence puis l'exil suite au coup d'Etat de février 1992, il meurt à l'hôpital de la Salpetrière de Paris, le 6 décembre 1994, dans l'anonymat. A nouveau son nom devient tabou. Au cours du second mandat du président A. Bouteflikha cependant, plusieurs tentatives (encouragées par son fils, Mohammedi Abderazzak) seront faites afin de réhabiliter sa mémoire. Son nom sera ainsi donné à un boulevard de sa ville natale et plusieurs colloques seront organisés par les associations d'anciens combattants afin d'éclairer son parcours.
Quelque soit le jugement que l'on porte sur Mohammedi Saïd, nul doute que sa vie ne se confonde étroitement avec l'histoire contemporaine algérienne, dont elle retrace toutes les ambiguïtés et tous les défis.