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L'Espace des Savoirs

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Sciences humaines et sociales

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Le regard d'un prof sur l'Université

 
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AuteurMessage
Dedal
Mer 31 Oct - 17:44  

Haz a écrit:
C'est la raison pour laquelle je maintiens dans mon obscur pessimisme que cette action collective, il ne faut pas l'attendre de ceux qui intègrent le système universitaire mais peut-être plus de ceux qui en ont pris les fruits durant leur formation et qui par leur individualité vont la transformer sur d'autres terrains de luttes : politique, littéraire, médiatique etc.
Je ne sais pas si c'est plus clair, tu m'en diras tant.


Tout à fait d'accord avec toi. D'autres potentiels facteurs de changement sont bien sur la comparaison des universités françaises avec les universités étrangère et l'action de l'Europe.
blue train
Mer 31 Oct - 17:12  

Effectivement, l'Université est en grande partie en train de subir des actions extérieures: politique de massification scolaire (pour lutter contre le chômage des jeunes et améliorer la compétitivité des entreprises françaises au niveau international), politique d'unification économique régionale ou mondiale (dont les services font partie), politique de constitution ou de renforcement de pôle d'excellence scolaire (par opposition à "la fac" et "aux mauvaises facs"), etc.


Je voudrais préciser que l'on peut très bien approuver (en général) les deux articles postés par Inji, et défendre des réponses au "problème" différentes: à titre personnel, je ne suis pas pour augmenter les budgets ou accroître le nombre de chercheurs, mais pour restreindre le nombre d'étudiants dans les filières à visée scientifique (entrée sur dossier et/ou petit concours), augmenter les bourses des étudiants méritants et améliorer la qualité des logements, supprimer des facs ou des diplômes (avoir des master avec 2, 3 étudiants, à quoi cela sert-il? ou même avoir 20 étudiants, mais sans allocation doctorale à proposer et sans encadrement pour les doctorants?), augmenter (légèrement) les salaires des enseignants et des chercheurs (pour améliorer l'attractivité du métier aux yeux des meilleurs lycéens), réduire les charges d'enseignement des universitaires qui s'investissent dans la recherche, restreindre les possibilités d'inscription doctorale à la décision effective d'un comité de chercheurs du laboratoire, et ainsi améliorer le statut du doctorant (en améliorant son statut matériel, argent et encadrement, et en réduisant la concurrence)... Mais je me trompe peut-être Smile


PS: Haz, oui, c'est beaucoup plus clair (c'est vraiment ce que tu disais?). Mais je bute encore sur queque chose, j'ai besoin d'y réfléchir.
Haz
Mer 31 Oct - 13:28  

Salam alikoum

En fait, les choses sont assez simples, enfin presque Very Happy !

Talib le disait très bien, l'université a suivi à un moment de son histoire la logique instituée par la démocratisation de l'enseignement scolaire. Elle a, comme le Secondaire ouvert de plus en plus largement ses portes aux étudiants d'origines sociales diverses (il faudrait sans doute nuancer cela mais ce serait trop long) et a donc largement contribué à agrandir le "champ des possibles" de ces étudiants (formule que je reprends à Talib) sans pour autant garantir par ailleurs de pouvoir leur offrir plus de place dans son organisation interne et son renouvèlement générationnel. De ce fait et bien souvent, les étudiants qui vont contribuer à ce renouvèlement sont justement ceux qui disposent déjà d'une capacité à reproduire les éternels schémas de l'université en tant que cocon finalement très fermé sur lui-même, ceux qui seront le plus à même de dénoncer par le biais sociologique les désorganisations internes mais qui ne seront pas aptes à commanditer le moindre changement positif ou révolutionnaire.

Pourquoi ? Simplement parce qu'en accédant aux postes méritants dans les universités et les laboratoires, ils ont d'une part le sentiment de la reconnaissance par l'Autorité et d'autre part la peur que le changement de l'Autorité n'entraîne la faillite de cette reconnaissance. C'est un cercle vicieux.

Ainsi, tout en voyant bien les dysfonctionnements et tout en affirmant haut et fort, de manière volontaire et spontanée, qu'il faudrait procéder à une évolution au bénéfice d'une méritocratie plus juste, d'un ordre social plus ouvert et plus en phase avec les valeurs d'égalité et de liberté, tout en prônant donc la nécessité de mener des actions collectives pour le bien même de l'université, ils se trouvent prisonniers d'un système, celui qui renferme leur situation professionnelle, directement menacée par une remise en question totale du principe de reconnaissance à partir duquel ils vont bâtir leur propre accès à l'Autorité.

D'autre part, cette volonté de prôner des actions collectives pour renverser l'Orde Social et créer une Nouvelle Autorité est directement contredite par la pesante individualisation que nécessite un tel renversment. Lorsque le primaire et le secondaire ont ouvert les champs des possibles à toutes les catégories sociales, cela correspondait à la volonté d'offrir une chance à chacun en tant qu'être à part entière, capable d'apporter sa pierre à l'édifice social.

De la même manière, en recherchant l'ouverture des champs des possibles aux candidats à la science, on développe l'idée que chacun peut avoir sa place en tant qu'être totalement doué de raison. L'hyper-individualisation est une menace directe pour l'Autorité actuelle dont dépendent les recrues universitaires. Par conséquent, tout en essayant de la promouvoir par des actions collectives, ils la détruisent par leur propre acceptation de leur univers professionnel.

C'est la raison pour laquelle je maintiens dans mon obscur pessimisme que cette action collective, il ne faut pas l'attendre de ceux qui intègrent le système universitaire mais peut-être plus de ceux qui en ont pris les fruits durant leur formation et qui par leur individualité vont la transformer sur d'autres terrains de luttes : politique, littéraire, médiatique etc.
Je ne sais pas si c'est plus clair, tu m'en diras tant.
blue train
Mer 31 Oct - 12:27  

Haz a écrit:

Honte à moi si c'est ce qui ressort de mon propos. Pour être plus claire là-dessus, je ne fais que supposer qu'il y ait différentes voies suivies par les individus et que dans le monde universitaire, celui qui cherche à atteindre de hauts niveaux d'intellectualisme ou de scientificité est celui qui est le moins à même d'agir sur le terrain d'un point de vue militantiste. Il y a sans doute plus de fluctuations que je ne cherche à le croire, mais je considère qu'à l'université des sciences sociales, les discours et enseignements donnés ne sont pas faits pour légitimer des actions politiques directes mais pour dresser des bilans et faire des constats sans pour autant appeler à la modification de ce qui est dénoncé.

Ce qui ne signifie pas que des étudiants ne se destinant pas au cursus évoqué plus haut ne puissent pas être sensibles à ce discours et alors justement leur motivation sera de s'éloigner de l'université à un moment ou à un autre pour entrer directement dans le conflit et essayer de le résoudre, soit par le biais associatif, soit par le biais politique, soit par le biais (controversé) journalistique.


Je n'ai pas compris, notamment ce qui est en italique. Je n'ai pas compris non plus la relation que tu fais de tout ça avec la discussion générale. Embarassed


Pour ce qui est de la différenciation, j'entendais juste rappeler que la division du travail est aussi est un fait moral, au sens où différentes morales (et types d'homme) naissent au cours de ce processus, dans chaque petit monde professionnel relativement autonome.


Je suis d'accord pour dire que le problème du copinage et des réseaux serait moins actuel s'il n'y avait pas un décalage aussi grand entre le nombre de postes (ou les logements ou les...) et de candidats. Ce qu'éprouve difficilement le monde universitaire, c'est d'être devenu un monde lui aussi soumis aux logiques économiques capitalistes: division du travail accrue, dépossession des moyens de production et des produits du travail, concurrence accrue entre les travailleurs et des producteurs, plus facilement interchangeables... Evidemment l'image du métier a changé moins vite...et les entreprises démagogiques (ie en appelant au peuple) sont un moyen (pour les jeunes et les marginaux) de restaurer un ordre plus conforme à ce que l'on souhaite, ie révolutionnaire (au sens de renversement des établis) : réformer le nafs, comme dit Trend, des universitaires contre les propensions au traditionalisme des gens bien dans leur poste (qui peuvent être de toutes sortes de courants politiques).
trend
Mar 30 Oct - 14:18  

Wa `aleykoum salâm,

Haz a écrit:
Ma question serait plutôt de savoir s'il y aurait autant de problème et de copinage s'il y avait plus de postes proposés...


Il y a plus de 7 ans quand j'ai commence ma these, les remarques etaient EXACTEMENT les memes. C'et pour moi l'illustration que la situation n'a pas beaucoup change depuis longtemps, alors qu'avant peu de gens se plaignaient du manque de postes. Et je me rappelle de discussions avec des nouveaux MdC (tres sympa prof. de base de donnee, d'origine sud-americaine ... et j'ai plus tard decouvert qu'il y avait un "cartel" sud-americain dans le labo attache a mon ecole).

Attention, loin de moi l'idee de dire que le monde academique francais n'a pas besoin de plus de poste. Il a besoin de ca et d'un investissement MASSIF du gouvernement. Mais il a aussi besoin d'une reforme de son "nafs" si j'ose dire, comme le soulignes l'auteur de l'article. Autant la frilosite quasi-linguistique des francais a se "confronter" (dans un sens purement scientifique et non violent) au reste du monde academique n'est pas importante, autant la volonte de ne pas se remettre en cause (pas au niveau individuel, comme on l'a deja dit, pas mal le font deja) ne permet pas au systeme de "progresser" (i.e. du "sang neuf", des gens pas mentalement affilies a leurs "mandarins", etc.).

Pas etonnant que de jeunes MdC rejettent cet article, ils font partis des quelques candidats qui ont reussi. A cote d'eux il y a un champ de "bataille" ou sont tombes beaucoup d'autres candidats. Des postdocs qui sont sur-exploites (la difference entre travailler sur le meme projet en France et en GB est flagrante, j'ai pu le voir avec un collegue parisien du meme projet) et parfois abuses (dans mon ex-universite je l'ai entendu une fois, le gars exploitait les resultats de ses postdocs de facon degoutante, s'etant mis a son compte des brevets, des applications et des contrats de plusieurs de centaines de milliers d'euros; le gars etait protege par un groupe de "copains", mais les articles de presse ont force son depart a la retraite anticipe...).

Et le pire c'est que la generosite en poste n'ameliore pas grand chose, dans mon domaine (l'informatique) il y avait dans les 30 a 40% de casés! On le voit d'ailleurs dans les grandes conferences scientifiques (je suis dans le comite de programme de plusieurs d'entre elles), le copinage est bien present, les gens prennent autant en compte l'appreciation subjective qu'ils ont des auteurs d'un article que la qualite de l'article (alors que le critere scientifique primordial c'est ce dernier aspect!).

Comme le disait quelqu'un plus haut, finalement, c'est peut-etre un probleme plus profond. La societe doit peut-etre revoir sa copie sur ce sujet. Mais avec un gars comme Sarko au commande (mouarf son depart en colere de l'entretien avec le chaine CBS) ce n'est pas pret d'arriver.

Wa salâm.