d) Le substantif préfixé, suffixéLa préfixation et la suffixation sont limitées dans le champ lexical du terme «
démocratie ». La préfixation est représentée par les éléments «
pro- » et «
anti- » et la suffixation par l’élément «
-sation » qui peut se décliner en forme verbale «
-ser ». L’utilisation de ces préfixes et suffixes est elle aussi limitée. Les préfixes sont généralement utilisés respectivement avec les termes «
démocrate » et «
démocratique ». Les suffixes déforment la morphologie du terme initial en «
démocrati- » et peuvent être complémentaires des préfixes.
Dans la mesure où l’ensemble de ces éléments est caractéristique de la
morphologie dérivationnelle -mise en lumière notamment par
Denis Apothéloz dans l’introduction de son ouvrage
La construction du lexique français-, il mérite une attention particulière.
Les préfixes «
pro- » et «
anti- » se rapportent à la notion de
partisianisme. Une dichotomie s’opère donc engageant la notion de démocratie au cœur d’une vision du monde qui en ferait un idéal. Notons à cet effet que les termes aux valeurs opposées à celles de la démocratie ne portent pas ces marques partisanes. Par exemple, il n’existe pas de «
protyran » comme il existe le terme «
prodémocrate ».
La suffixation présente ce même aspect promotionnel en faveur de la démocratie. Le terme «
démocratisation » met en relation le substantif «
démocrati- » et le suffixe «
-sation » qui sous-tend l’idée d’un processus de transformation. La «
démocratisation » est ce qui permet à un pays soumis à d’autres régimes (dictature, théocratie, oligarchie…) de passer au régime démocratique. L’emploi de ce terme ne se limite pas au champ politique. On parlera volontiers de «
démocratisation des outils P2P » (Cf Corpus). Ici, le terme se rapporte au processus de mise à disposition d’une chose pour des personnes qui n’en bénéficiaient pas.
Si le contexte d’emploi diffère, la fonction symbolique du mot est bien la même. Dans l’un ou l’autre cas, il est associé à l’idée de
bénéfice, d’acquisition d’une chose bénéfique. Notons que les autres régimes ne disposent pas de cette suffixation. On ne dit pas par exemple «
dictatorisation », «
oligarchisation », «
théocratisation » . La démocratisation est donc un emploi dérivé qui confirme l’aspect positif du terme «
démocratie ».
La connotation du bien dont ce dérivé est imprégné est tel qu’il sous-tend un attachement affectif de la part des sociétés où la motivation liée à son usage est la plus forte. Ainsi, les journaux français n’emploient jamais de formules qui viseraient à disqualifier la démocratie. on n'y trouvera donc jamais «
antidémocratiser », «
antidémocratisation ».
Notons que le terme «
antidémocratique » est répertorié dans le corpus et qu’il révèle la différence qui s’opère dans la langue entre ce qui relève d’un
processus (impliqué par le verbe «
antidémocratiser ») et ce qui relève d’un
état (impliqué par la suffixation en « -
ique »).
Ainsi, les principes, régimes, Etats, faits antidémocratiques qualifient un constat qu’il importe de faire basculer grâce au principe du processus qui ne peut aller que dans le sens du progrès.
Si les journaux français n’emploient jamais un dérivé tel que «
antidémocratisation », cela n’est nullement le cas dans d’autres pays qui se placent politiquement dans un rapport dominants / dominés. Ainsi, les journaux togolais emploient à de nombreuses reprises le terme «
antidémocratisation », ce qui révèle la portée des mots sur la weltanschaaung africaine.
A suivre...
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