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 Le du'a : Fonction phatique ou force de foi ?

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LYDIA
Junior


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MessageSujet: Le du'a : Fonction phatique ou force de foi ?   Dim 26 Nov - 22:24

Salam

Définition du du'a : prière personnelle adressée à Dieu ou à des intermédiaires en vue d'obtenir un gain, une réparation ou une protection.
Se formulent comme une demande élaborée sous la forme d'un discours ou sous la forme d'une formule liturgique brève. C'est celle-ci qui nous intéresse ici.

Exemples de du'at brèves et répétitives :
- Bismillah : Au nom de Dieu
- Inshallah : Si Dieu veut
- Al-Hamdulillah : Grâce à Dieu
- Barakallahufi... : Que Dieu bénisse

Qui prononcent ces formules :
- Les musulmans
- Les Arabes
- les convertis à l'Islam

Objet de ce post : réfléchir sur les modes d'application de ces formules ? Sont-elles dites de façon consciente ou inconsciente ? Relève-t-elle de la fonction phatique (cf - jakobson) ou d'une force de foi (actualisation répétitive et voulue de la croyance au divin) ? Y a-t-il d'autres pistes de réflexion ethnolinguistiques de l'utilisation de ces formules.

Merci pour vos commentaires.

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Le Coran est la Parole de Dieu ; l'interprétation est la parole de l'homme.
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Veli
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MessageSujet: Re: Le du'a : Fonction phatique ou force de foi ?   Dim 26 Nov - 22:33

salam alaykoum

(Premier post, donc bonjour à tous et plein de bonnes choses...)

Peut-être faut-il voir le dou'a comme fonctionnant de façon performative, avec une capacité ontologique d'existenciation de son objet..?

Dans tous les cas, il semble difficile d'imaginer un absolu s'inscrivant dans la temporalité...

Rûmi développait l'idée de la réponse de Dieu comme simple écho du cri sincère de l'homme...
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LYDIA
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MessageSujet: Re: Le du'a : Fonction phatique ou force de foi ?   Lun 27 Nov - 14:06

Salam

Veli a écrit:
salam alaykoum

(Premier post, donc bonjour à tous et plein de bonnes choses...)


Bonjour et bienvenue à toi !

Citation:
Peut-être faut-il voir le dou'a comme fonctionnant de façon performative, avec une capacité ontologique d'existenciation de son objet..?


Oui, simplement, ne faut-il pas répertorier les du'at de manière à considérer celles qui sont performatives et celles qui ne le sont pas ? Le sont-elles toujours ? Lesquelles le sont, lesquelles ne le sont pas ? Quelles situations créent le fonctionnement performatif ?

Citation:
Dans tous les cas, il semble difficile d'imaginer un absolu s'inscrivant dans la temporalité...


Absolument, peux-tu développer s'il te plaît ?

Citation:
Rûmi développait l'idée de la réponse de Dieu comme simple écho du cri sincère de l'homme...


Peux-tu illustrer ton propos s'il te plaît ?

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Haz
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MessageSujet: Re: Le du'a : Fonction phatique ou force de foi ?   Lun 27 Nov - 16:54

Salam alikoum

Jean-Noel Ferrié a consacré une étude sur la religion de la vie quotidienne au Maroc, c'est le titre de son ouvrage d'ailleurs. Une grande partie de cet ouvrage étudie l'usage des formules d'invocation que l'on appelle Du'a. Je n'ai plus trop en tête ce qu'il en disait mais il me semble que sa théorie générale consiste à désacraliser justement l'usage de ces formules, de montrer non pas qu'elles relèvent de la fonction phatique, mais elles sont en fait à demi-désintéressées.

Elles conservent une force de foi, comme tu dis, mais elles n'émanent pas d'une fidéité poussée à l'extrême. Elles font partie du langage sans être ni délocalisées par rapport à la relation signifié-signifiant ni totalement actualisées révélant alors une relation pleine et entière entre le locuteur et la locution.

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Le savoir est un coffre dont la clé est la question - Imam Al-Zuhri
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itinerant
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MessageSujet: Re: Le du'a : Fonction phatique ou force de foi ?   Lun 27 Nov - 22:56

Sal(am/ut),

Désolé de vous déranger.
J'ai bien conscience d'etre dans un forum de Sociologie, Anthropologie et qu'il est normal que les sujets abordé ne soient pas a la portée d'ignorants de ces domaines comme moi. Cela dit et pour pouvoir vous suivre serait il possible de clarifier oud'introduire certains vocables que vous utilisez :

- la fonction phatique (cf - jakobson: c'est qui lui ?) ?
- performative ?
- capacité ontologique d'existenciation de son objet ? kesako ?
Ce serait deja pas mal de pouvoir comprendre un peut de quoi il s'agit (c'est pas sur que j'y arrive) avec ces concepts.

Quand a ce que tu dis Haz ici par exemple :

Elles font partie du langage sans être ni délocalisées par rapport à la relation signifié-signifiant ni totalement actualisées révélant alors une relation pleine et entière entre le locuteur et la locution.

Autant dire que c'est du chinois pour moi. Et je prends conscience qu'il me fauderait quelques années de cursus de socio pour arriver ne serait a comprendre de quoi il s'agit Smile

Salaam
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Haz
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MessageSujet: Re: Le du'a : Fonction phatique ou force de foi ?   Lun 27 Nov - 23:02

Salam alikoum

MDR !!! Tu es trop dur avec toi-même Itinérant, ce n'est pas toi qui est ignorant, c'est nous qui jouons les intellos de service study (sans offenser personne cela étant).

La fonction phatique est une des fonctions du langage répertoriées par Roman Jakobson. Il s'agit de définir les objectifs des formulations que nous employons, donc d'en délimiter les fonctions.

La fonction phatique est celle qui concerne les formules du genre "Comment ça va ?, c'est-à-dire qu'elles n'ont pas de sens immédiat. le verbe "aller" n'a rien à voir avec son sens premier dans cette tournure, sens premier étant synonyme de se déplacer. C'est une formule de politesse dans laquelle les mots ont perdu leur fonction initale de désignation primaire. C'est comme du second degré.

Pour la partie de Veli, je ne peux pas trop te dire, il t'expliquera sans doute mieux que moi.

Et pour ma partie, ce que je veux dire, c'est que les formules du genre "Bismillah sont à chaval entre la fonction phatique et l'actualisation religieuse (le fait de penser vraiment à Dieu au moment où on prononce cette formule).

Est-ce que ça te semble plus clair ?

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Nameless
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MessageSujet: Re: Le du'a : Fonction phatique ou force de foi ?   Mar 28 Nov - 1:45

    AS-SALÂMU `ALAYKUM

    Je viens de dire littéralement "que la paix soit avec vous", ou "que le salut soit sur vous" (le salut étant un état de paix) ; donc, en gros, j'ai dit "Salut". Pourtant, entre Musulmans, on a plutôt tendance à dire AS-SALÂMU `ALAYKUM ou SALÂM.

    Je pense donc qu'une première piste serait de voir comment les autres langues conçoivent ce rapport linguistique à Dieu ou à la religion (car le Salam, cité dans le Coran, est fort lié à la pratique religieuse). Des formules comme "si Dieu le veut", ou "Dieu merci" sont aussi présentes en français ; sauf que la société française ayant mis de plus en plus Dieu de côté, ces formules ont presque disparu. Mais si je dis "si Dieu le veut" à quelqu'un, il ne me prendra pas pour un poète ; c'est une formule tout à fait française et non une traduction de notre formule arabe.

    Dans ce sens, discuter dans une autre langue (en français, par exemple) avec quelqu'un, peut remettre en question, tester et parfois réinitialiser notre rapport à ces formules. Il m'arrive tout le temps de dire, par exemple, à quelqu'un qui n'est pas musulman "Je te donnerai ça demain" et à l'intérieur de moi, je dis IN SHÂ'A L-LÂH, parce que je me sens mal si je ne le dis pas. Et je le dis en arabe, sans doute parce que c'est la langue du Coran ; sans doute parce que je vois en la langue arabe une voie directe vers Dieu.

    Je ne dirai sans doute pas à cette personne : "si Dieu le veut", parce que ça ne sonne pas (ou ne sonne plus). C'est ce qu'on appelle une variation des codes sémiotiques (linguistiques en l'occurrence) dans le temps. La formule "Si Dieu le veut" n'a plus beaucoup de sens dans une société où, de un, tout le monde n'est pas croyant, de deux, certains ont une croyance très scientifique avec des rapports de cause à effet indépendants de la divinité, et de trois, le rapport à Dieu est souvent trop personnel que pour le citer. A noter que dans une société musulmane, on est souvent exhorté à évoquer Dieu si bien que l'oubli est souvent suivi de rappels du genre, en dialecte, "goul inchAllah" (dis incha'Allah), "hmod rabbak" (remercie ton Seigneur)", etc.

    C'est pourquoi je serais tenté de dire que ces formules, au sein de la société musulmane, sont prononcées plutôt consciemment. Il m'est arrivé souvent de constater qu'on les intensifie, par exemple IN SHÂ'A L-LÂH YÂ RAB ou AL-HAMDU LI-LLÂH YÂ RAB. On dit souvent YÂ RAB (Ô Seigneur), quand on invoque Dieu. Donc on s'adresse, là, réellement à Dieu.

    Ceci dit, les deux formules intensifiées que je viens de citer sont grammaticalement incorrectes, et c'est ce qui pourrait être un argument en faveur de leur fonction phatique*. Je m'explique : la traduction de IN SHÂ'A L-LÂH YÂ RAB est littéralement "Si Dieu le veut, ô Seigneur". Donc Dieu est au départ à la troisième personne, puis à la deuxième. Ca montre que le IN SHÂ'A L-LÂH est dans un état d'indépendance par rapport à la phrase. Idem lorsque je vois nombre de gens, savants et intellectuels, dire WA S-SALÂTU WA S-SALÂMU `ALÂ RASULI L-LÂH SALLA L-LÂHU `ALAYHI WA SALLAM ; il y a une parfaite redondance dans cette phrase, une répétition quoi. Si on la traduit littéralement, et on observe à nouveau que la traduction permet de remettre en question, ça donne "Et la bénédiction et la paix soit sur le messager de Dieu, sur lui la bénédiction et la paix". Là, indéniablement, le SALLA L-LÂHU `ALAYHI WA SALLAM est devenu une formule toute faite. C'est amusant, parce que même à l'écrit, dans les forums musulmans, on peut tomber sur ce genre de formule toute faite, grâce à cette magnifique icône : saws, qui a été introduite aux caractères de polices arabes comme étant un caractère à lui tout seul car tellement utilisé dans les textes qu'on le transforme en calligraphie (dont la particularité est de justement pouvoir être texte et symbole à la fois) ; ce qui n'est pas plus mal, mais je ne fais que le signaler et montrer en quoi il illustre le sujet qui nous occupe. (Et montrer aussi le génie de la calligraphie arabe, mais c'est un autre sujet)

    D'autre part, je pense qu'il suffirait à un musulman d'essayer de ne pas prononcer ces formules pendant un petit bout de temps pour se sentir mal dans sa peau, plein d'ingratitude. On pourrait essayer et puis donner un compte rendu des résultats, si vous voulez.

    A ce moment, si se retenir de prononcer ces formules est ressenti intérieurement comme une ingratitude, il me semble logique de dire que les prononcer est un signe de gratitude, et donc d'une force de foi. Je prends là la question sur une dimension individuelle, en me détachant de la responsabilité de donner une réponse valable pour une société. A chaque individu de se tester en quelque sorte. De plus les fonctions phatiques sont variables en fonction tout d'abord de la formule dont il est question : par exemple, Yallah [abrégé de YÂ ALLÂH, Ô Allah] présent dans presque chacune des phrases de Mère Térésa (un film documentaire intitulé "Allez, Yallah" vient de sortir d'ailleurs) est certainement plus phatique que InchAllah. Puis en fonction des régions : BarakAllahou fik est certainement plus phatique dans le Maghreb que dans le Moyen-Orient où cette phrase est considérée comme très soutenue (car elle est parfaitement littéraire) ; on ne l'entend donc jamais.

    En résumé, je dirai que chez beaucoup, ces formules ont une fonction plus ou moins phatique ; mais ça ne veut pas du tout dire qu'elles sont dites inconsciemment. Elles peuvent relever de la foi tout en étant "non réfléchies" (je ne dirais pas inconsciente) ou non accordées grammaticalement dans la phrase. La question est plutôt linguistique que religieuse, je pense. On peut d'ailleurs trouver des exemples purement linguistiques, il y en a un qui me vient à l'esprit : quand on fait une erreur, on dit, phonétiquement, [ôtan pour moi], mais on ne sait pas toujours comment ça s'écrit (au temps pour moi ou autant pour moi ?). Sachant que c'est une formule surtout orale, on ne se soucie pas de savoir de quoi elle est réellement composée. On sait que ça excuse une erreur, on la dit, et on se contente de cela. Or cette formule a une histoire qu'on ne connait pas toujours.

    Et Dieu est plus savant.
    WA L-LÂHU A`LAM

    Je l'ai dit consciemment là je crois. Very Happy

    _________
    *phatique est-il le bon terme ? Ne désigne-t-il pas ce qui est dit pour s'assurer qu'il y a communication, comme "Allô", etc. ; soit je vais l'utiliser, mais je ne suis pas sûr qu'il soit adéquat.
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itinerant
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MessageSujet: Re: Le du'a : Fonction phatique ou force de foi ?   Mar 28 Nov - 20:06

Sal(ut/am)

Merci Haz cela semble plus clair. Je crois pouvoir suivre maintenant.

Nameless ma soeur bienvenu ... ton texte si beau me laisse Voiceless (sans voix) sans rire !

Décidement je croit que je vais aimer cette discipline avec des profs comme vous toutes et tous.

J'attend la suite avec impatience.

Sal(ut/am)
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Nameless
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MessageSujet: Re: Le du'a : Fonction phatique ou force de foi ?   Mar 28 Nov - 20:33

itinerant a écrit:

Nameless ma soeur bienvenu ...

Merci. [Je suis un frère - c'est vrai que mon avatar prêtait à confusion ; j'ai changé. Smile]
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itinerant
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MessageSujet: Re: Le du'a : Fonction phatique ou force de foi ?   Mar 28 Nov - 20:46

Nameless a écrit:
itinerant a écrit:

Nameless ma soeur bienvenu ...

Merci. [Je suis un frère - c'est vrai que mon avatar prêtait à confusion ; j'ai changé. Smile]


oops ...ôtan pour moi Wink
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itinerant
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MessageSujet: Re: Le du'a : Fonction phatique ou force de foi ?   Mar 28 Nov - 21:12

Nameless :
D'autre part, je pense qu'il suffirait à un musulman d'essayer de ne pas prononcer ces formules pendant un petit bout de temps pour se sentir mal dans sa peau, plein d'ingratitude. On pourrait essayer et puis donner un compte rendu des résultats, si vous voulez.

A ce moment, si se retenir de prononcer ces formules est ressenti intérieurement comme une ingratitude, il me semble logique de dire que les prononcer est un signe de gratitude, et donc d'une force de foi. Je prends là la question sur une dimension individuelle, en me détachant de la responsabilité de donner une réponse valable pour une société. A chaque individu de se tester en quelque sorte.


Je rebondit sur ce point trés interessant pour donner mon expérience personnelle. Depuis des années et suite a mes frequentations des forums ou ces formules sont/étaient omniprésentes je n'utilises plus ni par ecrit ni en paroles ces formules quand je prononce le nom du prophete, ou les noms des dits compagnons voir meme le nom de Dieu. Et pour ce qui me concerne je dois dire que je ne ressent pas par ce choix, ce geste d'ingratitude. Il est vrais par contre que c'est un geste refléchit. Il m'est venu quand j'ai constaté que des musulmans utilisaient la formule de déférence et de salut devant le nom du prophete mais qu'ils n'éprouvaient pas le besoin de le faire devant ce lui de Dieu. Je voyait dans la meme phrase Mohammad salla_allahu 3alayhi wa sallam et Allah ou Dieu sans acune formule. Cela me genait au début puis le declic vint un jour dans un forum froncophone qui fut un des premiers a introduire les icones dont tu parles. Et paradoxallement ils avaient mis en place la formule de salut sur le prophete et meme le salut sur les compagnons mais ... pas celle de Dieu (Aza wa jal). Cela m'avait tellement boulverssé que consciement, depuis ce moment. je n'utilise plus de formule de salut envers le prophete ou quiconque d'autre a l'ecrit comme a l'orale.
Mais comme tu le dis c'est trés personnel ce genre d'expérience. D'autres personnes vivraient cela avec regret et sentiment de culpabilité. Et peut-etre que tu as raion et cela dénotte un acte de foi meme s'il est répété a satiété.

Sal(am/ut)
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Ihsen31
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MessageSujet: Re: Le du'a : Fonction phatique ou force de foi ?   Jeu 30 Nov - 18:59

Haz a écrit:
Salam alikoum

MDR !!! Tu es trop dur avec toi-même Itinérant, ce n'est pas toi qui est ignorant, c'est nous qui jouons les intellos de service study (sans offenser personne cela étant).

La fonction phatique est une des fonctions du langage répertoriées par Roman Jakobson. Il s'agit de définir les objectifs des formulations que nous employons, donc d'en délimiter les fonctions.

La fonction phatique est celle qui concerne les formules du genre "Comment ça va ?, c'est-à-dire qu'elles n'ont pas de sens immédiat. le verbe "aller" n'a rien à voir avec son sens premier dans cette tournure, sens premier étant synonyme de se déplacer. C'est une formule de politesse dans laquelle les mots ont perdu leur fonction initale de désignation primaire. C'est comme du second degré.

Pour la partie de Veli, je ne peux pas trop te dire, il t'expliquera sans doute mieux que moi.

Et pour ma partie, ce que je veux dire, c'est que les formules du genre "Bismillah sont à chaval entre la fonction phatique et l'actualisation religieuse (le fait de penser vraiment à Dieu au moment où on prononce cette formule).

Est-ce que ça te semble plus clair ?


salam aleikoum Haz, itinerant et tout le monde,

Haz barakallahoufik pour ta définition de la fonction phatique, je me permets d'ajouter que la fonction phatique d'un mot ou d'une phrase vise essentiellement à maintenir le lien pendant un échange (montrer son attention ou retenir celle de l'interlocuteur, etc).

salam
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Maryam
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MessageSujet: Re: Le du'a : Fonction phatique ou force de foi ?   Ven 1 Déc - 0:08

Wa alaykoum salam,

Question : où placez-vous la portée incantatoire des invocations ? Comment la définir ?

Question 2 : il paraît normal qu'une formule ritualisée, répétitive, s'accompagne d'un affadissement du contenu sémantique au profit d'un figement en langue. Il serait bon de voir précisément ce qu'il en est en langue arabe. Des arabophones pourraient en dire quelques mots ?
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Ihsen31
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MessageSujet: Re: Le du'a : Fonction phatique ou force de foi ?   Ven 1 Déc - 16:11

LYDIA a écrit:
Salam

Définition du du'a : prière personnelle adressée à Dieu ou à des intermédiaires en vue d'obtenir un gain, une réparation ou une protection.
Se formulent comme une demande élaborée sous la forme d'un discours ou sous la forme d'une formule liturgique brève. C'est celle-ci qui nous intéresse ici.

Exemples de du'at brèves et répétitives :
- Bismillah : Au nom de Dieu
- Inshallah : Si Dieu veut
- Al-Hamdulillah : Grâce à Dieu
- Barakallahufi... : Que Dieu bénisse

Qui prononcent ces formules :
- Les musulmans
- Les Arabes
- les convertis à l'Islam

Objet de ce post : réfléchir sur les modes d'application de ces formules ? Sont-elles dites de façon consciente ou inconsciente ? Relève-t-elle de la fonction phatique (cf - jakobson) ou d'une force de foi (actualisation répétitive et voulue de la croyance au divin) ? Y a-t-il d'autres pistes de réflexion ethnolinguistiques de l'utilisation de ces formules.

Merci pour vos commentaires.


Salam aleikoum Lydia,

Le post que tu as ouvert est vraiment intéressant. La question que tu poses mérite largement plus que d'être débattue seulement dans un forum.
Je ne sais pas si tu es linguiste, mais as-tu songé à en faire une étude soumise à un travail de problématisation et d'enquête de terrain?
Personnellement, je trouve que ça en vaudrait la peine, et veli, nameless et les autres ont fourni un effort de déconstruction de l'objet et lancé des pistes intéressantes et encourageantes.

Salam wave
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Veli
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MessageSujet: Re: Le du'a : Fonction phatique ou force de foi ?   Sam 2 Déc - 17:44

salam,

LYDIA a écrit:
Oui, simplement, ne faut-il pas répertorier les du'at de manière à considérer celles qui sont performatives et celles qui ne le sont pas ? Le sont-elles toujours ? Lesquelles le sont, lesquelles ne le sont pas ? Quelles situations créent le fonctionnement performatif ?


Très juste. Il faut peut-être d'emblée distinguer, d'une part, les formules "lithurgiques", telles bismillah ou alhamdoulillah, dont la fonction me semble ouvertement phatique en ceci qu'elles fonctionnent comme des bornes kilométriques recadrant le cheminement du discours, notamment du point de vue de l'intentionnalité divine dans laquelle il se situe, et, d'autre part, les prières de demande où la demande se confond avec son objet.

La demande est peut-être moins la sollicitation d'un objet absent que la voie d'accès à un certain état intérieur par lequel c'est le rapport même à l'objet qui va se voir relativisé. Le doua est moins demande que don, renoncement aux certitudes ainsi qu'aux conceptions subjectives et limitées de la représentation du bien pour chacun. On dit souvent que pour qu'une prière soit exaucée il ne faut pas être attaché à la forme de la réponse et être conscient que quoi qu'il advienne, ce sera tjr pour notre bien. Cette précision à propos de l'invocation est capitale car la prière de demande est justement le lieu d'apprentissage de la confiance. Le dou'a est moins demande d'un bien précis que renoncement et dépassement de ce que l'on croit être le bien, en fonction d'un état affectif particulier.

Dés lors, c'est cette harmonisation à soi qui devient créatrice. Car si Dieu est Un, mutatis mutandis, toute unité a quelque chose de divin. Le dou'a enseigne à l'homme la réalisation en soi de cette unité, en pacifiant son mental qui se détourne de la multiplicité des chaînes potentielles de causalité. J'ai tendance à croire que c'est tjr l'homme lui-même qui empêche l'arrivée de ce qu'il dit espérer. Le dou'a est une forme de purification intérieure afin d'aménager en soi un espace de disponibilité pour accueilir les choses. L'homme croit tjr savoir d'où et comment doit lui arriver le bien, et ce sont tjr ces certitudes qui le font précisément passer à côté de ce bien qui n'a jamais la forme de manifestation prévue. Le dou'a permet alors d'épurer le mental en le faisant dépasser ses attentes limitées. Si je peux me permettre une métaphore un peu facile, c'est comme si la grâce ne cessait de pleuvoir, mais il fallait des mains vides paumes tournées vers le ciel pour la récupérer.

En ce sens, le dou'a est selon moi l'apprentissage du vide, en tant que véritable richesse intérieure. Il montre à l'homme qu'il a déjà tout mais que c'est tjr la rupture d'avec soi-même qui l'appauvrit.


Oui, j'ai du mal à imaginer Dieu (pour l'appeler par son pseudo) pris dans les mailles de la temporalité en train de répondre aux sollicitations de chacun. Cela ne me semble pas sied à son absoluité.

Pour revenir à la métaphore de Rûmi, il décrit comment Bayazid, d'abord inquieté par l'absence d'un "labbayk" à son cri "Allah!", comprend que son "Allah!" est déjà le "labbayk" de Dieu. Rûmi commente alors en disant que la réponse est déjà dans le fait que le cri soit possible. Le besoin de Dieu serait donc le principal mode de manifestation de la présence même de Dieu, qui serait alors "le bruit de l'eau dans l'oreille de l'assoiffé".

ps: une très bonne référence sur les différentes modalité du discours religieux et notamment sur sa dimension performative : J. Ladrière, L'articulation du sens, II, les langages de la foi.
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Haz
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MessageSujet: Re: Le du'a : Fonction phatique ou force de foi ?   Sam 2 Déc - 20:01

Salam alikoum

Là y a rien à dire, on est à un très bon niveau de la discussion. Les arguments développés par Nameless et par Veli méritent bien sûr une attention particulière et il faudrait voir si les questions de Maryam trouvent leur place dans ces démonstrations.

Revenons d'abord à l'intervention de Veli, sur le point suivant :

Citation:
Il faut peut-être d'emblée distinguer, d'une part, les formules "lithurgiques", telles bismillah ou alhamdoulillah, dont la fonction me semble ouvertement phatique en ceci qu'elles fonctionnent comme des bornes kilométriques recadrant le cheminement du discours, notamment du point de vue de l'intentionnalité divine dans laquelle il se situe, et, d'autre part, les prières de demande où la demande se confond avec son objet.


Un tel découpage laisse de côté beaucoup d'éléments à analyser car il conduit, et c'est la remarque que tu fais, à considérer que les formules religieuses ne disposent pas des qualités définissant les prières de demande. Or, comme l'a si brillamment relevé Nameless, ces formules religieuses ne sont pas aussi phatiques qu'il semblerait de prime abord. Leur usage révèle plusieurs paliers allant du phatique au plus actualisant. on ne peut donc pas catégoriser ainsi les différentes formes de l'invocation.

Sur le reste, c'est tout à fait brillant, mais en même temps, j'ai de la réserve sur certains schémas :

Citation:
J'ai tendance à croire que c'est tjr l'homme lui-même qui empêche l'arrivée de ce qu'il dit espérer. Le dou'a est une forme de purification intérieure afin d'aménager en soi un espace de disponibilité pour accueilir les choses. L'homme croit tjr savoir d'où et comment doit lui arriver le bien, et ce sont tjr ces certitudes qui le font précisément passer à côté de ce bien qui n'a jamais la forme de manifestation prévue. Le dou'a permet alors d'épurer le mental en le faisant dépasser ses attentes limitées.


Je ne suis pas certaine que l'on puisse appliquer cette interprétation, brillante je le répète, à certaines sociétés musulmanes et notamment au Maghreb. Si je devais adopter cette interprétation, je dirais que cela est vrai pour la prière de demande mais aussi pour toute formule liturgique prononcée dans le quotidien de ces sociétés. Tu as très bien défini la fonction de l'invocation mais tu as volontairement réduit cette définition au seul acte volontaire et conscient d'invoquer. Pourtant cette fonction peut totalement s'appliquer à des formules semi-conscientes et là j'en reviens à ce que disait Nameless plus haut et je ne peux rien ajouter à ce qu'il a dit tant je suis en parfait accord avec lui. Alors avant de poursuivre quoi que ce soit, ai-je bien compris ton propos ou ai-je mal lu ?


Pour Itinérant

As-tu remarqué que dans les smileys du forum, il n'y a pas celui qui doit suivre l'énonciation du terme "Dieu" ? C'est très très intéressant cette remarque que tu fais parce qu'elle est révélatrice de l'action idéologique qui est derrière l'emploi des formules lithurgiques. Il y a une éducation indéniable dans l'usage de ces formules, ce qui semble évident, mais là en l'occurence c'est extrêmement frappant. Nameless parlait d'ingratitude que l'on pourrait éprouver si' lon oubliait de prononcer une de ces formules lithurgiques, cela relève d'ailleurs de la fonction phatique et on peut en citer un exemple pour la langue française :

Pendant un certain temps, lorsque l'on me demandait "comment ça va ?", je répondais "Ca peut aller ?" et les personnes qui m'entendaient, soit elles me scrutaient des yeux, soit elles me demandaient "Qu'est-ce qui ne va pas ?". La question rituelle du "Comment ça va ? " n'attend pas d'autre réponse que "Ca va". le fait d'en entendre une autre surprend. Et alors on se sent presque obligé de se rattraper en disant "Non ça va". Il y a donc bien une fonction phatique qui s'explique par la répétition des formules dans un cadre bien spécifique et pour lesquelles l'efficacité dépend d'un fonctionnement toujours stable.

Eh bien pour ton exemple, nous sommes en plein dedans. Dans le langage quotidien ou dans un forum, on n'a pas l'habitude de coller une formule religieuse à l'énonciation du "terme" Dieu, ce qui a pour conséquence une absence totale de sentiment de culpabilité. Alors qu'en effet pour le prophète, on a tout intérêt à dire saws et ne pas le dire peut être considéré comme une offense ou laisser croire que tu n'es pas musulman.

C'est la même chose avec "Salam alikoum" sur un forum de discussion. Le fait de dire cette formule permet non pas tellement de saluer les autres mais de s'identifier auprès d'eux comme membre de leur groupe. Ce qui est interessant, c'est que cette utilisation se répercute dans la vie réelle puisque de la même manière, on va saluer les personnes dans une conférence ou dans un salon avec ce "salam alikoum" et pas avec le traditionnel "bonjour".

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Veli
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MessageSujet: Re: Le du'a : Fonction phatique ou force de foi ?   Sam 2 Déc - 22:03

salam,

Haz a écrit:
Un tel découpage laisse de côté beaucoup d'éléments à analyser car il conduit, et c'est la remarque que tu fais, à considérer que les formules religieuses ne disposent pas des qualités définissant les prières de demande. Or, comme l'a si brillamment relevé Nameless, ces formules religieuses ne sont pas aussi phatiques qu'il semblerait de prime abord. Leur usage révèle plusieurs paliers allant du phatique au plus actualisant. on ne peut donc pas catégoriser ainsi les différentes formes de l'invocation.


Je suis absolument d'accord avec le paragraphe conclusif de Nameless à propos de la relativisation de la dimension phatique et de la difficulté de la catégorisation. En fait, j'avoue que mon intervention constituait moins une contribution à l'analyse rationnelle de la question de départ qu'une petite parenthèse affective sur ma manière de vivre et de ressentir la prière de façon tout à fait personnelle. drunken

Haz a écrit:
Je ne suis pas certaine que l'on puisse appliquer cette interprétation, brillante je le répète, à certaines sociétés musulmanes et notamment au Maghreb. Si je devais adopter cette interprétation, je dirais que cela est vrai pour la prière de demande mais aussi pour toute formule liturgique prononcée dans le quotidien de ces sociétés. Tu as très bien défini la fonction de l'invocation mais tu as volontairement réduit cette définition au seul acte volontaire et conscient d'invoquer. Pourtant cette fonction peut totalement s'appliquer à des formules semi-conscientes et là j'en reviens à ce que disait Nameless plus haut et je ne peux rien ajouter à ce qu'il a dit tant je suis en parfait accord avec lui. Alors avant de poursuivre quoi que ce soit, ai-je bien compris ton propos ou ai-je mal lu ?


Tu as tout à fait raison sur cette réduction. C'est vrai que je partais du début de la définition que proposait Lydia, soit "prière personnelle adressée à Dieu ou à des intermédiaires en vue d'obtenir un gain, une réparation ou une protection", en ne m'attardant pas vraiment sur les formules courtes qui ont été citées.

Si on prend l'exemple de ces formules courtes demandant plus une protection de façon semi-consciente, je me disais que la grâce inconsciemment espérée est peut-être moins une réponse divine réactive s'inscrivant dans une temporalité (action/réaction : demande de grâce ou de protection/envoie de la grâce ou de la protection) qu'un état inhérent à la demande elle-même. Mais je t'avouerais que tout cela reste aussi confus pour moi, et j'ai bien le sentiment que ce que je décris relève d'une certaine catégorie. Cette insistance de ma part sur la prière de demande s'inscris sans doute dans l'ambiance du mois de décembre, de son père-noël et de ses lettres de demande que je n'avais jamais osé lui écrire... Smile

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LYDIA
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MessageSujet: Re: Le du'a : Fonction phatique ou force de foi ?   Dim 3 Déc - 1:25

Salam

Excellent ! Mais une expressions n'apparaît pas dans vos développements : Situation d'interaction.

Comment évoquer et déterminer les formes du du'a sans une étude préliminaire des situations d'interaction où il apparaît ? C'est la situation d'interaction qui détermine la fonction du du'a, pas l'inverse.

Mais avant d'en arriver à cette étude, donnons des exemples de catégorisation de du'a :

- La formule "Bismillah" (Trad. : "Au nom de Dieu")
Définition : locution introductive partielle ritualisée. Sa forme entière est "bismillah rahman rahim" (Version dialectale).
Y a-t-il situation d'interaction lorsque ce du'a est prononcé ? Non, c'est un du'a intime et personnel prononcé par un agent pour introduire la réalisation de son action.

- La formule "Rabbi farj a'lik" (Trad. "Que Dieu te regarde" -- "Qu'il veille sur toi")
Définition : locution conclusive ritualisée.
Y a-t-il situation d'interaction lorsque ce du'a est prononcé ? Oui, elle s'adresse à un destinataire et met fin à une discussion ou à une partie de la discussion.

Maintenant une définition claire de la fonction phatique : Fonction linguistique qui établit, prolonge ou interrompt le contact entre émetteur et récepteur en se centrant sur le canal qui les relie.

Le schéma :
Emetteur-------------Message-------------Récepteur


ou


Destinateur-------------Canal-------------Destinataire





Ces deux exemples de formules, appartenant à deux catégories distinctes de du'a relèvent tous les deux de la fonction phatique. Ne bloquez pas sur le phénomène de conscience / inconscience. En linguistique, ces notions ne sont pas pertinentes. Autre chose, ce n'est pas parce qu'il y a fonction phatique qu'il n'y a pas actualisation du rapport intrinsèque signifiant-signifié ou qu'il n'y a pas possibilité d'acoller ces énoncés à d'autres fonctions linguistiques. il peut y avoir à la fois fonction phatique et fonction émotive dans un énoncé de du'a !

Ce qu'il faut chercher maintenant : Pourquoi, quand et comment ces du'as se manifestent dans les situations d'interaction ? Dit autrement, pourquoi, quand et comment ces du'as ont-elles une efficacité, une force pragmatique dans les situations d'interaction ?

Deux types d'analyse sont à envisager : une étude fonctionnelle et une étude sémantique.

L'étude fonctionnelle. Nous l'avons vu, l'utilisation de la fonction phatique avec l'usage de du'at dépend de leur place syntagmatique dans l'énoncé. Elles sont introductives, conclusives, incitatives, complétives, suffisantes...
La formule "Bismillah" ne saurait se situer en fin d'énoncé. En revanche, "Rabbi farj a'lik" peut introduire ou conclure un énoncé. De même que "Hamdullah" ou "Inchallah". Le du'a sur le prophète "Sall'Allah a'li wa sallam" est complétif, il apporte un complément à l'énoncé qui le précède.
La classification des du'at selon leurs fonctions dans l'énoncé permet de repérer leur mouvance et leur capacité de détachement à l'intérieur d'un énoncé.
Maintenant, pourquoi certains sont mouvants et pas d'autres ? Ce sont les sur-fonctions qui permettent de le savoir.
Prenons l'exemple du du'a "InchAllah" dans deux énoncés :

- Inchallah rodwa, nji ba'dhak (si Dieu le veut, je viendrais chez toi demain)
- Bech'n hell hanuti fi sîf inchallah (Je vais ouvrir ma boutique en été si Dieu le veut)

Deux valeurs fonctionnelles distinctes : introductive et conclusive. Dans le premier cas "Inchallah" est assimilé à l'énoncé, une bonne truduction serait "Peut-être que". Il n'y a pas de force religieuse, juste une incertitude qui ne s'exprime que par le contenu fourni par la langue. En dialecte tunisien, "peut-être" se traduit par "bek" et il se situe en début de phrase comme valeur introductive. Mais ce bek implique une seule idée : la probabilité. Autrement dit, il se traduit plus facilement par "et si" et non pas seulement par "peut-être". "Inchallah" n'a pas cette traduction là, il ne s'arrête qu'à la traduction du "peut-être", d'où son usage ici par manque d'autres notions du "peut-être".
Dans le second cas, "Inchallah" ne fait pas partie de l'énoncé, c'est un ajout conclusif, il est là pourrappeler que l'homme ne dispose pas de son destin. Il a donc une valeur religieuse plus forte que dans le premier cas. Il relève toujurs de la fonction phatique.


L'étude sémantique. C'est l'étude des termes employés et de leur efficacité. Pourquoi emploie-t-on telle formule dans telle situation d'interaction et pas telle autre formule ?
Par exemple, pour rendre des formules de politesse par rapport à une situation d'interaction où il est question de santé et de maladie, il existe plusieurs formules :
" rabbi farj a'lik", "Nchallah labas", "Rabbi yostor", "Nchallah bi-lotf"... Une attention particulière portée à leur situation d'énonciation permet de savoir pourquoi dans tel cas on emploie telle formule ou dans tel autre cas telle autre formule : C'est l'intensité ou la gravité du problème évoqué qui dans ce cas détermine le choix du du'a. "Nchallah bi-lotf" est employé pour des situations très graves, "Nchallah labas" pour des situations de problèmes mineurs ou courants. Sachant que l'on peut aussi employé cette formule dans une situation grave à condition que d'autres formules plus explicites soient exprimées avant.

Vous voyez qu'ici, je me base beaucoup sur des exemples. C'est que je n'ai pas encore fini d'explorer tout le corpus des du'at qui existent et que je ne fais part que de ceux que j'ai pu rassembler et analyser. Mais il y a un fait, c'est que c'est la situation d'interaction qui favorise l'emploi du du'a, il ne suffit pas donc de faire une analyse interne des terminologies. Il faut déceler le système qui les régit.

Pour terminer, reprise du développement de Nameless

Citation:
Ceci dit, les deux formules intensifiées que je viens de citer sont grammaticalement incorrectes, et c'est ce qui pourrait être un argument en faveur de leur fonction phatique*. Je m'explique : la traduction de IN SHÂ'A L-LÂH YÂ RAB est littéralement "Si Dieu le veut, ô Seigneur". Donc Dieu est au départ à la troisième personne, puis à la deuxième. Ca montre que le IN SHÂ'A L-LÂH est dans un état d'indépendance par rapport à la phrase. Idem lorsque je vois nombre de gens, savants et intellectuels, dire WA S-SALÂTU WA S-SALÂMU `ALÂ RASULI L-LÂH SALLA L-LÂHU `ALAYHI WA SALLAM ; il y a une parfaite redondance dans cette phrase, une répétition quoi. Si on la traduit littéralement, et on observe à nouveau que la traduction permet de remettre en question, ça donne "Et la bénédiction et la paix soit sur le messager de Dieu, sur lui la bénédiction et la paix". Là, indéniablement, le SALLA L-LÂHU `ALAYHI WA SALLAM est devenu une formule toute faite.


Passage intéressant. Après le constat, l'explication du phénomène. Les deux exemples utilisés montrent tous les deux que ces longs du'at sont en fait deux du'at acollés à chaque fois.
Dans le premier cas, "Nchallah ya rabb", c'est l'addition du du'a "Nchallah" et du du'a "Ya rab" qui est un du'a partiel. Il faut considérer en réalité que ce sont deux énoncés et non un seul. Le manque de ponctuation nous trompe, nous avons en fait : "Nchallah. Ya rabb". Deux du'at différents pour un seul problème. En fait, le "ya rabb" devrait être complèté par le voeu demandé par le locuteur mais il s'arrête avant.

Dans le deuxième cas, c'est la même chose, il y a en fait deux énoncés qui ne sont séparés cette fois que par une virgule et non par un point. Car la formule qui suit la nomination du prophète est une formule canonique qui ne se sépare pas de cette nomination. C'est comme si cela faisait partie de son nom, d'ailleurs on appelle ce type de formule par sa fonction, une formule suffisante, qui se suffit à elle-même et qui n'a pas valeur d'efficacité, de demande.
Donc il n'y a pas d'erreur ni de redondance puisque chaque énoncé a une fonction particulière, la deuxième étant toujours distincte de la première.

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Maryam
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MessageSujet: Re: Le du'a : Fonction phatique ou force de foi ?   Dim 3 Déc - 12:38

Merci pour la mise au point concernant la fonction phatique, j'avais également l'impression que nous n'en avions pas tous la même définition.

Des questions, toujours des questions Smile :

Citation:
Excellent ! Mais une expressions n'apparaît pas dans vos développements : Situation d'interaction.


On privilégie donc ici la relation horizontale (disons) entre locuteurs croyants. Exclut-on la relation verticale au Créateur ?

Citation:
- La formule "Bismillah" (Trad. : "Au nom de Dieu")
Définition : locution introductive partielle ritualisée. Sa forme entière est "bismillah rahman rahim" (Version dialectale).
Y a-t-il situation d'interaction lorsque ce du'a est prononcé ? Non, c'est un du'a intime et personnel prononcé par un agent pour introduire la réalisation de son action.


La basmallah introduisant une conférence ou une réunion informelle, est-elle vraiment intime et personnelle, l'interaction n'est-elle pas de mise ?

Si, d'autre part, face à une personne hésitante à accomplir une action quelconque, je dis : "bismillah", l'invitant à se lancer, est-ce que je ne me place pas de plain-pied dans une pragmatique du discours dépassant le cadre de l'invocation intime ?

Citation:
Ces deux exemples de formules, appartenant à deux catégories distinctes de du'a relèvent tous les deux de la fonction phatique. Ne bloquez pas sur le phénomène de conscience / inconscience. En linguistique, ces notions ne sont pas pertinentes.


Sauf si ces phénomènes sont traduits en terme de grammaticalisation des énoncés. Le figement en langue accompagnant le degré de conscience qu'un locuteur peut avoir des énoncés qu'il prononce, non ?

Citation:
Autre chose, ce n'est pas parce qu'il y a fonction phatique qu'il n'y a pas actualisation du rapport intrinsèque signifiant-signifié


Il y a un rapport "intrinsèque" ?

Citation:
ou qu'il n'y a pas possibilité d'acoller ces énoncés à d'autres fonctions linguistiques.


Tout à fait d'accord.

Je m'arrête là parce que je dois filer Very Happy.

À bientôt.
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MessageSujet: Re: Le du'a : Fonction phatique ou force de foi ?   Dim 3 Déc - 15:53

Salam

Citation:
On privilégie donc ici la relation horizontale (disons) entre locuteurs croyants. Exclut-on la relation verticale au Créateur ?


Il faudrait disposer d'un corpus vraiment important pour étudier la relation verticale. Il y a autant de fonctions possibles qu'il y a de situations d'interactions. Mais tu as raison, il faut intégrer cette dimension là aussi dans le système. Le rapport est tripartite, peut-être même à quatre branches puisque chaque locuteur est en situation d'interaction verticale et horizontale. Ainsi, question : Ya-t-il une expérience du divin dans les situations d'interactions où apparaissent les du'at ?

Citation:
La basmallah introduisant une conférence ou une réunion informelle, est-elle vraiment intime et personnelle, l'interaction n'est-elle pas de mise ?


Elle est sans doute les deux et elle rejoint donc les premières remarques. Situation tripartite avec une force pragmatique peut-être plus forte car il y a solennité, volonté d'assurer au locuteur une certaine autorité ou une valeur de vérité à son discours.

Citation:
Sauf si ces phénomènes sont traduits en terme de grammaticalisation des énoncés. Le figement en langue accompagnant le degré de conscience qu'un locuteur peut avoir des énoncés qu'il prononce, non ?


Non, je ne crois pas, sauf si je n'ai pas compris ce que tu veux dire.

Citation:
Il y a un rapport "intrinsèque" ?


C'est possible mais il est multiple, il faudrait ici évoquer toute la problématique sapirienne et ses critiques. Un peu trop long peut-être.

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MessageSujet: Re: Le du'a : Fonction phatique ou force de foi ?   Dim 3 Déc - 22:40

Merci pour ces éclaircissements, Lydia.


Smile
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Haz
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MessageSujet: Re: Le du'a : Fonction phatique ou force de foi ?   Mar 5 Déc - 0:07

Salam alikoum

C'est riche ! Very Happy

Je mets juste mon grains de sel pour savoir ce que Nameless peut vouloir répondre à la nuance que Lydia apporte à ses analyses sur le double emploi de certaines du'at :

Citation:
Après le constat, l'explication du phénomène. Les deux exemples utilisés montrent tous les deux que ces longs du'at sont en fait deux du'at acollés à chaque fois.
Dans le premier cas, "Nchallah ya rabb", c'est l'addition du du'a "Nchallah" et du du'a "Ya rab" qui est un du'a partiel. Il faut considérer en réalité que ce sont deux énoncés et non un seul. Le manque de ponctuation nous trompe, nous avons en fait : "Nchallah. Ya rabb". Deux du'at différents pour un seul problème. En fait, le "ya rabb" devrait être complèté par le voeu demandé par le locuteur mais il s'arrête avant.

Dans le deuxième cas, c'est la même chose, il y a en fait deux énoncés qui ne sont séparés cette fois que par une virgule et non par un point. Car la formule qui suit la nomination du prophète est une formule canonique qui ne se sépare pas de cette nomination. C'est comme si cela faisait partie de son nom, d'ailleurs on appelle ce type de formule par sa fonction, une formule suffisante, qui se suffit à elle-même et qui n'a pas valeur d'efficacité, de demande.
Donc il n'y a pas d'erreur ni de redondance puisque chaque énoncé a une fonction particulière, la deuxième étant toujours distincte de la première.


Et puis une question pour Maryam, comment analyses-tu, toi personnellement cette relation tripartite dont parle Lydia ? Quelle est la reltion la plus forte pour toi : la relation verticale ou horizontale ?

Enfin une toute petite dernière remarque pour Lydia, tu dis que les concepts de conscience / inconscience ne sont pas pertinents c'est pourtant bien toi qui les a utilisés dans ton post de départ ???

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Nameless
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MessageSujet: Re: Le du'a : Fonction phatique ou force de foi ?   Mar 5 Déc - 17:09


    AS-SALÂMU `ALAYKUM

    Je détaille un peu ce que j'entends par redondance, par rapport au "SALLÂ L-LÂHU `ALAYHI WA SALLAM". Et je pense que le concept de redondance peut donner un élément de réponse à la question de départ.

    Il faut savoir qu'en langue française, par exemple, il y a une redondance de 55%. Si je dis "Je bois de l'eau", c'est un énoncé redondant, parce que le trait de liquidité est présent dans le verbe "boire" et dans le nom "eau". Plus on s'attend à une chose, plus elle est redondante. En effet, si je dis "je bois mon livre", c'est un énoncé qui n'est pas redondant parce que je ne m'attends pas du tout au mot "livre". Ceci dit, la redondance est quelque chose de nécessaire dans une langue ; elle permet de compenser ce qu'on appelle "le bruit", c'est-à-dire les dysfonctionnements qui affectent l'appareil schématisé ci-dessus par Lydia. Prenons le bruit au sens commun par exemple ; si je dis à quelqu'un "Je bois de l'eau" et qu'au moment où je dis "de l'eau", il y a un bruit, il pourra aisément deviner ce que j'ai dit ; ceci grâce, donc, à la redondance. S'il n'y avait pas de redondance dans les langues, la communication serait trop fragile.

    La parfaite redondance, c'est quand une même phrase est répétée. Ce qui est le cas dans l'exemple que j'ai donné : WA S-SALÂTU WA S-SALÂMU `ALÂ RASULI L-LÂH SALLA L-LÂHU `ALAYHI WA SALLAM traduit par "Et la bénédiction et la paix soient sur le messager de Dieu, sur lui la bénédiction et la paix". Comme "je bois de l'eau", cette phrase est grammaticalement correcte, mais la redondance y est plus grande (complète, même). La ponctuation n'est pas une excuse, je pense. Il ne suffit pas de séparer des énoncés pour ne plus avoir de redondance. Le fait est que, comme l'a dit Lydia, le SALLA L-LÂHU `ALAYHI WA SALLAM est devenu une formule qui ne se sépare pas de la nomination du prophète. Parfois, même, elle remplace la nomination du prophète. Par exemple : "FA LAMMÂ JÂ'A SALLA L-LÂHU `ALAYHI WA SALLAM,..." (traduction approximative : et lorsque vint celui sur qui la bénédiction et la paix de Dieu sont faites,...). On sait directement qu'il s'agit du prophète Muhammad, paix et salut sur lui, parce que cette formule n'est destinée qu'à lui. Et il serait intéressant de savoir pourquoi.

    Si je dis que cette formule est devenue une formule qui ne se sépare pas de la nomination du prophète, c'est parce que je pense qu'il faut l'analyser de manière diachronique, c'est-à-dire jeter un regard sur son histoire et observer comment elle s'est introduite dans le langage. Une chose est sûre, elle n'était pas présente avant la révélation. Elle était donc nouvelle, au niveau linguistique, pour les Arabes et donc, je me permets de supposer qu'elle était beaucoup moins redondante.

    C'est pour cela que je disais que le concept de redondance est intéressant à intégrer dans la discussion. Aujourd'hui, lorsqu'on entend "Muhammad" de la bouche d'un musulman, on sait qu'il va dire "SALLA L-LÂHU `ALAYHI WA SALLAM". Au début de l'ère islamique, ce n'était pas si attendu...

    Et là, je reviens à ce que je disais à propos de la langue française comme étant capable de nous aider à réinitialiser nos rapports à ces formules. Un converti qui ne sait aucun mot d'arabe et qui préfère parler en français ne dira jamais ceci : "Et la bénédiction et la paix soient sur le messager de Dieu, sur lui la bénédiction et la paix". Il se sentirait complètement ridicule. Par contre, un peu arabisé, et c'est amusant, il dirait volontiers "Et la bénédiction et la paix soient sur le messager de Dieu, SALLA L-LÂHU `ALAYHI WA SALLAM". (Il serait intéressant, par la même occasion, d'étudier la place de la langue arabe au sein de la communauté musulmane non arabophone)

    Si, dans ce cas, dire "SALLA L-LÂHU `ALAYHI WA SALLAM" est une redondance, à quoi cela sert-il de le faire (en arabe notamment) ? Je pense qu'il faut rappeler que cette formule est en soi une prière. Elle est récompensée par Dieu. Rappelons le célèbre verset : "Dieu et Ses anges prient sur (bénissent) le Prophète. Ô vous qui croyez, priez vous aussi sur lui (bénissez-le) et présentez-lui le salut". (Coran XXXIII, 56). Il y a un rapport purement "coranique" ; si on n'était pas musulmans, on dirait que c'est une formule "magique" ou, mieux, "rituelle", comme l'introduction du discours du vendredi faite en arabe puis suivie du discours en français ou en turc. Pourquoi ne pas traduire l'introduction aussi ? C'est là qu'on peut peut-être relever une dimension "sacrée" de la langue arabe, langue du Coran...

    Il y a donc là une dimension religieuse qu'il faut aborder d'un point de vue plutôt anthropologique que linguistique. Je me permets de supposer que cette formule a sans doute comme fonction de nous rappeler le rapport très particulier que nous devons avoir vis-à-vis du prophète de l'Islam. Mais lui, a-t-il vraiment besoin de nos prières ? C'est plutôt nous qui en avons besoin et ce besoin s'est sans doute transformé en habitude. C'est pourquoi cette prière, ainsi que beaucoup d'autres (la lecture de la Fâtiha et des petites sourates aussi), sont dites de manière automatique, si bien qu'on peut remarquer qu'elles sont parfois mal articulées. On entend souvent "salawsallam", par exemple. Et le nombre de fois que je me surprends, en prière, en train de bacler la Fâtiha par exemple... C'est honteux. Donc je pense qu'il y a quelque chose à changer voire à complètement réinitialiser. Mais bon, il me semble que le débat se limite dans un premier temps à une étude descriptive, plutôt que prescriptive.

    Ceci étant dit, pour revenir à la prière sur le prophète, et je répète ce que j'ai dit dans mon premier post, la redondance ou le manque d'articulation n'est pas nécessairement un signe de négligeance ou d'ingratitude. Mais une négligeance par rapport à la grammaire, oui. Y faire attention peut apporter plus de cohérence dans le discours.

    Enfin, j'ai l'impression que chacune des invocations peut faire l'objet d'une analyse particulière. Par exemple, le Incha'Allah peut faire l'objet d'une analyse anthropologique sur la question de savoir comment le musulman intègre la volonté de Dieu dans le déroulement des évènements. Comment, à nouveau, s'est introduite cette formule ? Et ainsi de suite, pour les autres formules...
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LYDIA
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MessageSujet: Re: Le du'a : Fonction phatique ou force de foi ?   Ven 8 Déc - 16:53

Maryam a écrit:
Merci pour ces éclaircissements, Lydia.


Smile


Salam

Des petites recherches supplémentaires pour avancer dans la discussion.
D'abord, recentrer : on ne peut pas étudier un aussi vaste corpus, on va délimiter. Parler uniquement des du'at dans une situation d'interaction. Cela réduit de 25% la masse d'origine.

La situation tripartite : c'est bête mais il y a tout un tas d'études là-dessus, dont une, géniale, de Charles Malamoud, Exégèse de rites. Exégèse de textes. Ca n'a rien à voir, ca se passe en Inde mais le système invocatif est le même pour parler de cette situation tripartite.

Le du'at est une formule religieuse d'invocation. Le destinateur, en la prononçant, passe par un réseau de référents religieux et culturels qui portent en eux la trace d'une existence "au-delà". Le du'a est invocatif parce qu'il n'est pas explicatif, il s'intègre dans un énoncé en tant que textualisation, fixation d'un répertoire d'origine dans le présent. C'est donc une actualisation passant par le canal, donc par le fait d'une fonction initiale phatique.

C'est ça l'introduction de la problématique portant sur le rapport entre sémantique et pragmatique. Reste à déterminer plus en profondeur que précédemment le choix des formules puisqu'il est originellement motivé par un corpus textualisé, une somme de formules pré-existantes au destinateur.

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MessageSujet: Re: Le du'a : Fonction phatique ou force de foi ?   Ven 13 Avr - 22:04

Salaam

Ce chantier est-il toujours en cours ?

Sad

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MessageSujet: Re: Le du'a : Fonction phatique ou force de foi ?   Lun 8 Oct - 20:01

Salam

Oui c'est un chantier toujours en cours. La religion n'explique pas les pratiques et les conduites. Le du'a n'est pas une règle religieuse mais un standard de vie et de relations sociales dans le cadre de situations d'interactions. La prononciation d'un du'a en situation d'interaction place le locuteur dans une relation horizontale, potentiellement verticale si on accepte de dire que la relation à Dieu n'est pas une relation spirituelle mais une relation sociale. Prononcer un du'a de réconfort quand on est pauvre vis-à-vis d'un riche, c'est faire montre de politesse, attendre un retour du riche comme de Dieu pour cette bonne parole, c'est un rappel des statuts au milieu duquel Dieu est témoin et arbitre. Attention à ne pas croire qu'il y ait une efficacité surnaturelle dans la prononciation d'un du'a prenant Dieu pour témoin et Arbitre. 'est la situation du locuteur qui l'incombe à au du'a, pas sa piété.

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Le du'a : Fonction phatique ou force de foi ?

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