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 Le caractère contextuel des interdits islamiques

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Abd95
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MessageSujet: Le caractère contextuel des interdits islamiques   Mar 29 Mai - 14:42

As salam alaykum

Tout interdit en islam a toujours une cause logique, mais cette cause ne peut être connue que si l'on s'imprègne du contexte dans lequel elle a été formulée. Ce que l'on comprendra aisément à l'aide des quelques exemples qui suivent.

Pour appréhender la défiance qui règne, chez nombre de croyants, vis-à-vis de l'attitude à adopter à propos de la musique et du chant, il ne faut pas imaginer qu'il en irait ainsi parce que la musique et le chant seraient en eux-mêmes, consubstantiellement, des marques de plaisir, et partant de-là des instruments maléfiques, symboles de dépravation et tombant du même du même coup sous un interdit justifié. Il existe en effet suffisamment de paroles prophétiques sanctionnant la licéité des plaisirs de ce monde pour se persuader du contraire. Par contre, il faut comprendre qu'au temps du Prophète (sws), musique et chants étaient intimement liées au monde tribal et à la culture païenne. Chanter et jouer de la musique, cela signifiait alors nécessairement conter les hauts exploits des dieux et des héros païens. C'est dans un tel contexte que le chant et la musique ont attiré sur eux la suspicion des pieux, car il leur fallait alors montrer en quoi l'islam constituait bel et bien une rupture avec le monde ancien, et que ces fables exaltant les valeurs païennes ne sauraient plus avoir cours dans la communauté qu'ils étaient en train de fonder. Les légitimer aurait signifier légitimer en même temps les scories du monde injuste (élitiste, esclavagiste, tribal et misogyne) qu'elles charriaient avec elles. Mais dès lors qu'une musique et que des chants proprement islamiques sont apparus, et que la musique et le chant sont devenus des moyens non plus de s'abîmer dans l'amour de ce bas monde mais d'élever son âme vers l'unicité divine, alors les interdits qui pesaient sur la musique et le chant n'ont plus guère de sens. Et il faut être particulièrement attaché à la lettre plutôt qu'à l'esprit pour ne pas s'en apercevoir.

Le thème hautement polémique de l'art et celui de la représentation humaine relèvent de la même problématique. Avant l'islam, la représentation figurée, en Arabie surtout, mais également dans la plupart des pays environnant était très rare, et généralement liée de près ou de loin au fait religieux. Les idoles des temples, les icônes des églises, les représentations gravées dans la pierre ou dans l'argile possédaient toutes un caractère plus ou moins sacré pour les populations d'alors. Il fallait donc pour les pieux rester sur ses gardes, les considérer avec suspicion et rappeler avec vigueur le vieil interdit juif blâmant toute représentation divine. De surcroît, et tandis que le Prophète (sws) enseignait aux siens à s'habituer à l'idée, alors toute à fait inédite pour leurs esprits, d'un Dieu non-anthropomorphique, il était essentiel d'inviter les croyants à se distancier le plus possible de tout ce qui pouvait s'apparenter à une conception humaine du divin. On retrouvait par là en somme le principe de la critique platonicienne des simulacres, des simulacres qui, au lieu de mener à l'idée, en éloigne au contraire, et empêche d'approcher le concept dans toute sa pureté et son abstraction. Mais dès lors que cette conception de l'incorporéité de Dieu était devenue, non plus un défi aux habitudes de pensée, mais une évidence, dès lors également qu'une foule d'images sont apparues qui ne s'intégraient plus dans la sphère du sacré, mais à des domaines profanes et inoffensifs, alors cet interdit, sans cesser d'être motivé (car il est utile que les lieux de culte restent aniconiques et que l'utilisation de l'image de l'homme respecte un certain code déontologique), perdait néanmoins de son poids.

Autre exemple, les interdits alimentaires. Si la viande de porc a toujours été considérée comme impure par elle-même, tel n'est pas le cas de celles des autres animaux. Les croyants ont seulement pour devoir de ne pas consommer de viande sur lesquelles le nom d'un faux dieu a été prononcé. Quel est donc le sens véritable de cette formulation ? Pour le comprendre, il se faut se souvenir que dans de nombreuses sociétés antiques, les sacrifices rituels étaient accompagnés, ou plutôt suivis de banquets au cours desquels on consommait la viande des animaux qui venaient d'être sacrifiés. Cette cérémonie était l'une des plus centrales qui soit pour ces communautés, elle revêtait à la fois un caractère religieux (puisque se nourrir de la bête sacrifiée était un "acte de foi") et hautement social (puisque c'est à travers ces banquets que l'on manifestait le mieux son respect des règles du groupe et de la tradition des anciens). Par conséquent, pour un croyant musulman, le fait de refuser de consommer une telle viande était un acte prodigieusement scandaleux et absolument nécessaire, il lui fallait se démarquer complètement de l'éthos de la vie païenne. Désormais, une telle justification n'a plus de sens, et l'expression même de viande halal n'a plus de réalité, étant donnée qu'une viande non-halal n'est pas pour autant une viande sur laquelle a été prononcée le nom d'une divinité païenne, ou qui est destinée à être consommée au cours d'un banquet rituel.

Un dernier exemple concerne les interdits vestimentaires. On a écrit des livres entiers sur la tenue idéale du croyant, et certains semblent même vouloir parler de tenue recommandable, voir de tenue obligatoire. Mais il faut comprendre que toutes les recommandations de la littérature prophétique en la matière n'ont de sens que par rapport à une situation antérieure, et non en elles-mêmes. Le fait de ne pas laisser traîner ses habits en dessous des chevilles avait pour but d'identifier le croyant vis-à-vis des aristocrates de la djahiliyya qui portaient de longues robes et qui en éprouvaient de l'orgueil. Idem pour l'utilisation de la soie et de l'or en tant que parures d'apparat. Il s'agissait là encore pour les croyants de se distancier des païens en leur démontrant de façon ostensible que, de leur côté, ils n'attachaient aucun prix à ces marques extérieures de richesse et de rang mais que pour eux, la piété seule était un critère hiérarchique admissible.

Entendons-nous bien, il ne s'agit pas de réclamer la levée de tous ces interdits, car leur respect peut avoir bien des conséquences bénéfiques. Mais il faut les suivre pour de bonnes raisons, c'est-à-dire pour des raisons purement formelles (le respect d'un interdit commun renforce la solidarité d'un groupe) ou éthiques (l'égorgement par exemple, bien que spectaculaire semble moins douloureux que l'électrocution ou d'autres types de mises à mort). En fait, avant de les suivre, il faut d'abord avoir bien saisi leur raison d'être originelle afin de pouvoir distinguer l'essence de l'islam de ses particularités externes et à vrai dire, secondaires. Car dans les circonstances présentes, le but n'est plus de se démarquer du monde païen, le but est d'expliquer l'islam et de mettre en pratique son éthique et ses valeurs. C'est dans ce combat-là, celui de la conviction, que doit renaître l'esprit offensif et actif qui a toujours fait l'honneur de la communauté de Muhammad (sws).

Et certes, Dieu est plus savant
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Veli
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MessageSujet: Re: Le caractère contextuel des interdits islamiques   Mer 24 Oct - 17:43

Abd95 a écrit:
Entendons-nous bien, il ne s'agit pas de réclamer la levée de tous ces interdits, car leur respect peut avoir bien des conséquences bénéfiques. Mais il faut les suivre pour de bonnes raisons, c'est-à-dire pour des raisons purement formelles (le respect d'un interdit commun renforce la solidarité d'un groupe) ou éthiques (l'égorgement par exemple, bien que spectaculaire semble moins douloureux que l'électrocution ou d'autres types de mises à mort). En fait, avant de les suivre, il faut d'abord avoir bien saisi leur raison d'être originelle afin de pouvoir distinguer l'essence de l'islam de ses particularités externes et à vrai dire, secondaires. Car dans les circonstances présentes, le but n'est plus de se démarquer du monde païen, le but est d'expliquer l'islam et de mettre en pratique son éthique et ses valeurs. C'est dans ce combat-là, celui de la conviction, que doit renaître l'esprit offensif et actif qui a toujours fait l'honneur de la communauté de Muhammad (sws).

Salam Abd95,

Merci pour ce post très instructif.
Dans l'absolu je suis tout à fait d'accord avec cette remarque finale sur la persistance de l'interdit. Mais du coup, est-ce que, pour certains sujets moins graves, on ne serait pas tenté d'outre-passer l'interdit? D'autant que ces contextualisations aboutissent necessairement à une certaine désacralisation de l'interdit qui en perd son côté tabou. Où serait alors le juste milieu?
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Abd95
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MessageSujet: Re: Le caractère contextuel des interdits islamiques   Jeu 25 Oct - 11:08

Salam

Dans les cas qui nous occupe ici, il n'y a pas trop de difficultés. La musique n'est pas condamnée en elle-même car la musique pieuse est licite, la reproduction du sacré en image demeure prohibée mais l'image n'est pas condamnable en soi, le vêtement du croyant doit resté sobre et pudique mais aucune règle stricte n'existe en la matière, enfin il est bon de consommer de la viande tout en enrichissant la communauté ...

Mais il faut juste se souvenir que Dieu impose moins des lois que des directives, et que ces lois ont moins de valeur en elles-mêmes qu'elles n'ont de valeur par rapport à la direction qu'elles indiquent.

L'axe essentiel de la vie du croyant ce n'est pas la conformité de son apparence extérieure avec un certain modèle, mais c'est la continuité dans la prière, dans le rappel de Dieu, dans la fraternité, dans la méditation du sens de l'existence ...
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MessageSujet: Re: Le caractère contextuel des interdits islamiques   Jeu 25 Oct - 18:32

Salam,

Merci pour votre réponse, c'est très clair.

De toute façon, le jugement personnel reste inévitable comme, par exemple, pour savoir ce qu'on entend par "musique pieuse"... Mais, comme vous le rappelez, ce qui compte c'est de demeurer perpétuellement dans le dhikr de Dieu.
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bounous
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MessageSujet: Re: Le caractère contextuel des interdits islamiques   Ven 26 Oct - 12:40

Salam

Citation :
Désormais, une telle justification n'a plus de
sens, et l'expression même de viande halal n'a plus de réalité, étant
donnée qu'une viande non-halal n'est pas pour autant une viande sur
laquelle a été prononcée le nom d'une divinité païenne, ou qui est
destinée à être consommée au cours d'un banquet rituel.

Est-ce que tu veux dire que la viande de porc devient halal à partir du moment où elle égorgée ? C'est ce que je comprends en lisant ce passage.
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MessageSujet: Re: Le caractère contextuel des interdits islamiques   Ven 26 Oct - 16:44

Salaam

bounous a écrit:
Salam

Citation :
Désormais, une telle justification n'a plus de
sens, et l'expression même de viande halal n'a plus de réalité, étant
donnée qu'une viande non-halal n'est pas pour autant une viande sur
laquelle a été prononcée le nom d'une divinité païenne, ou qui est
destinée à être consommée au cours d'un banquet rituel.

Est-ce que tu veux dire que la viande de porc devient halal à partir du moment où elle égorgée ? C'est ce que je comprends en lisant ce passage.

Tel que je comprend ce passage il me semble faire référence directe à la catégorie numéro quatre (04) de la liste "d'interdit" alimentaire qu'on peut lire dans ce verset :

Dis: ‹Dans ce qui m'a été révélé, je ne trouve d'interdit, à aucun mangeur d'en manger, que

(1) la bête (trouvée) morte,
(2) ou le sang qu'on a fait couler,
(3) ou la chair(la7m) de porc - car c'est une souillure -
(4) ou ce qui, par perversité, a été sacrifié à autre qu'Allah.


Quiconque est contraint, sans toutefois abuser ou transgresser, ton Seigneur est certes Pardonneur et Miséricordieux.


Quand à la viande porcine elle est mentionnée en (3)
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