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 I. La vie bédouine (a)

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Abd95
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Date d'inscription : 28/10/2006

MessageSujet: I. La vie bédouine (a)   Mer 5 Sep - 13:49

Salam alaykum

Afin de parfaire les connaissances des musulmans et des autres à propos des Sahabas, nous proposons ici trois différents textes, consacrés chacun à la description d'un mode de vie particulier : le mode de vie bédouin, le mode de vie mekkois et le mode de vie médinois, qui correspondent aux trois types différents d'existence décrits dans la littérature prophétique (hadith) et dans le Kur'an.

1. Chez les Bédouins

. La société

Entre Médine et La Mekke, ainsi que dans une bonne partie de la péninsule, le mode de vie nomade est le plus pratiqué. Les nomades, appelés Ahl al-wadar ou Badawi (d'où dérive le mot de "Bédouin"), vivent regroupés en familles appartenant à des clans (asha'ir, sing. ashira). A leur tour, ces clans sont considérés comme les divisions de tribus (kabila, pl. kaba'il) qui elles-mêmes peuvent être incluses dans des fédérations tribales que l'on dénomme parfois "peuple" (sha'ib, pl. shu'ub, équivalent kawm). Clans et tribus se rattachent à un ancêtre commun par patrilinéarité. Dans le cas des fédérations, cet ancêtre est généralement semi légendaire. Il ne faut pas oublier que ces divisions en clans, tribus et fédérations évoluent en permanence. Sur plusieurs générations on assistera nécessairement à des regroupements, déplacements, croissances ou diminutions de puissance et de taille de chacun de ces groupes.

Chaque famille (ahl/a'ila) bédouine possède son chef (sayyid) qui est le plus âgé ou plus influent des hommes. Les différents chefs de famille à l'intérieur d'un même clan forment un conseil (madjlis) qui se réunit à l'occasion pour décider des grandes orientations et qui est présidé par un "ancien" respecté (le shaykh). Ce dernier est tout sauf un roi (malik), il ne possède pas de pouvoir coercitif, il ne s'impose que par la négociation, l'arbitrage et le consensus permanent. Il n'est pas non plus assuré de voir son fils lui succèdera ni même un membre de sa famille. A sa famille et après délibération, c'est le plus respecté qui l'emportera. Il existe en outre toute une hiérarchie au sein des tribus. Les plus puissantes (par la richesse) et les plus prestigieuses (par le lignage, ou nasab) sont appelées "nobles" (ashraf). Elles maintiennent autour d'elles un réseau de tribus alliées (halif), auxquelles s'ajoutent des tribus protégées (djiwar) et des tribus clientes (mawali). Tout en bas de l'échelle sociale figurent les esclaves. L'esclavage est très répandu mais le mode de vie nomade empêche une famille d'avoir plus de quelques serviteurs (abd). La majorité des esclaves sont des prisonniers épargnés lors des combats et trop pauvres pour payer une rançon et obtenir ainsi leur libération.

Les familles arabes pratiquent le plus souvent une endogamie assez stricte, les mariages entre cousins du premier, du deuxième ou du troisième degré étant la norme la plus répandue. Les divorces sont très fréquents, la femme retournant alors vivre auprès de sa famille. Les mariages sont toujours une occasion de réjouissance. La polygamie est courante et c'est une marque de prestige et de statut social que de posséder plusieurs femmes. Souvent celles-ci demeurent chez les leurs, le mari ne les visitant que lorsqu'il est de passage. Les femmes nomades sont en général plus "libres" que les sédentaires. De toute façon les étrangers sont rares. Leur avis compte en général et elles ont leur propre espace sous la tente.

L'espérance de vie est faible et la mortalité infantile très élevée. La rudesse du mode de vie explique certaines caractéristiques du Bédouin, sa frugalité, sa sobriété et sa physionomie relativement chétive. Bien qu'il n'y ait pas de "type arabe" caractéristique, la plupart ont les cheveux noirs ou bruns, la complexion mâte. Chaque tribu a sa façon propre de nouer son turban, de décorer ses selles et ses vêtements, d'arranger ses cheveux, elle a sa façon de parler et ses expressions, toutes choses qu'un Bédouin expérimenté sait reconnaître au premier regard.

Comme l'Etat n'existe pas, et ne peut pas exister étant donné le mode de vie pratiqué, c'est au clan qu'il appartient de rendre la justice lorsque des conflits éclatent entre ses membres. Lorsqu'un cas grave lui est soumis, le madjlis s'organise en "conseil de justice" (muhakama). Les décisions qu'il prend sont généralement respectées. Les décideurs jugent en fonction de la "coutume" ('urf) et de la "tradition" (sunna) propre à chaque tribu. Le cas échéant, l'accusé peut-être soumis à une ordalie. Parmi les peines figure le bannissement (kha'l). Le banni (khali, pl. khula'a) est exclu à vie et n'a plus qu'à se rechercher la protection (djiwar) d'un autre clan, ou à rejoindre les groupes de maraudeurs (sa'alik, sing. suluk), ces coupeurs de route, nombreux dans certaines régions d'Arabie, et dont les exploits hantent la mémoire populaire (car certains se font poètes).

Les vrais problèmes surgissent par contre lorsque deux clans ou deux tribus entre en conflits, car il n'existe alors aucune instance supérieure capable de trancher entre elles. On nomme parfois un arbitre neutre (hakam) pour trancher entre elles, mais en cas d'échec, c'est la guerre (harb) qui règlera le contentieux. Les inimitiés et les vendettas (tha'r) peuvent s'étaler sur plusieurs générations. S'il y a meurtre (katl), la famille de l'accusé doit payer collectivement le "prix du sang" (diya) correspondant au rang de la victime (soit environ 100 chameaux pour un homme libre adulte), dans le cas contraire la famille endeuillée s'engage à tuer l'un des membres de la famille du coupable, sans quoi elle perdrait toute crédibilité et deviendrait la risée de tous. Or, l'humiliation () et la pire chose qu'un Bédouin véritable puisse imaginer.

. La culture

Les Bédouins vivent sous des tentes, ceux qui vivent sous la même tente forme même bayt qu'il s'agisse des adultes, des enfants ou des serviteurs. La tente est en laine de chameau ou de chèvre. Le sol est recouvert de nattes. Des tentures à l'intérieur compartiment l'espace. Un auvent marque l'entrée. Celle-ci est toujours orientée du côté du vent. Ces tentes reposent sur des poteaux dont le nombre, une fois encore, est signe de richesse et de prestige. L'ensemble peut être démonté et chargé sur les chameaux en un temps très bref. Les nomades ne possèdent certes pas de livres, difficilement transportables, mais beaucoup savent apparemment écrire, comme l'indique les dizaines de milliers d'inscriptions retrouvées sur les rochers à travers toutes la péninsule arabique (par exemple les fameuses inscriptions safaïtiques ou thamoudéennes) et dont certaines ont été réalisées par des femmes et des esclaves. Ils possèdent en revanche une très riche culture orale. Le soir au coin du feu, devant l'assistance attentive, les plus talentueux savent provoquer les rires ou les larmes de ceux qui les entourent. Ils savent magnifier leur mode de vie, célébrer les exploits de leurs ancêtres et exalter les valeurs propres à leur monde, en particulier le courage (muruwwa, hamasa), le sens de l'honneur (sharaf, 'ird), la générosité (karam), l'hospitalité (dyafa), l'ardeur dans le combat (hamiyya) et le respect de la solidarité tribale (asabiyya) dont untel ou untel a fait preuve. Ils racontent aussi les exploits de chasse des meilleurs pisteurs, les prouesses des ancêtres du clan ou celles des héros de jadis. Les rencontres occasionnelles des Bédouins autour des points d'eau les plus fréquentés, ou lors des rassemblements religieux ou guerriers sont l'occasion pour les membres éminents de chaque clan d'honorer ses hôtes par de grands repas agrémentés de chants, des danses et des concours de poésie. Lors de ces concours, appelés mufakharat, chacun cherchera à prouver la supériorité (mafakhir, vantardises ; kasida, ode) de sa tribu, de son clan ou de son chef et à dénigrer (mathalib, invectives ; hidja, satire) du mieux qu'il le peut celles de son adversaire. Une tribu est honorée si elle abrite en son sein un poète (sha'yr) réputé et redouté. Lors des danses qui suivent les repas, les femmes rythment de leurs voix et de leurs cris la danse des guerriers de leur clan. Ces chants profanes sont appelés nasab. On peut encore observer ces pratiques en Afrique sahélienne ou chez les Bedja du Soudan, des populations qui par bien des aspects rappellent les Anciens Arabes.

Les hommes consacrent la plupart de leur temps à l'entretien et à la vente de leurs troupeaux de chameaux. Les femmes s'occupent essentiellement de la cuisine (ghidha), de la traite des bêtes, des travaux de vannerie ou de tissage ainsi que de l'éducation des enfants. Les enfants accomplissent les corvées d'eau, ils mènent le petit bétail aux pâturages ou aux points d'eau, vont ramasser le bois mort destiné à l'entretien du foyer. Plus ils ont de serviteurs à leur disposition et plus le maître et la maîtresse de maison sont dispensés de ces tâches subalternes et peuvent se consacrer à de plus "hautes" occupations.
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