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 II. La vie mekkoise

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Abd95
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MessageSujet: II. La vie mekkoise   Dim 23 Sep - 19:02

II. A La Mekke

. La situation géographique

La Mekke (Makkah) est située dans un encaissement rocheux, au coeur du massif montagneux du Hidjaz (littéralement "la barrière"). A une altitude moyenne de 300-600 m. Le petit port de Shuwayba relie La Mekke à l'Egypte (par Kulzum, act. Suez) et à l'Ethiopie (par Zulla/Adulis). Djidda ne deviendra la porte d'entrée maritime de La Mekke sous 'Uthman, à partir de 647 EC.

Il semble que le Sanctuaire (al-Ka'ba, littéralement "le Cube") et l'espace consacré qui l'entoure (le haram) ait été érigés en premier, bien avant que l'endroit ne devienne un lieu de vie permanent. Depuis des temps lointains, les pèlerins arabes y venaient au moins une fois durant l'année afin de se livrer à des rites solaires. La tradition islamique précise d'ailleurs que ces rites n'étaient qu'une dégénérescence du culte monothéiste originel pour lequel la Ka'ba avait été bâtie. Toujours est-il que certains pèlerins prirent l'habitude, une fois ces rites terminés, de demeurer dans la vallée afin de se consacrer au négoce. La présence d'eau souterraine permit à quelques clans de s'installer à demeure. Ils édifièrent des constructions en dur, donnant naissance à une bourgade qui prit peu à peu de l'essor. On pense que c'est vers l'an 400 de l'ère chrétienne que la "ville" de La Mekke fut officiellement fondée et pourvue d'institutions propres. C'est un clan de la tribu de Kinana, les Banu Kuraysh, qui patronna cette évolution.

La disposition des habitations dans l'ancienne ville n'est guère connue dans le détail. En regroupant les différentes données fournies par les sources on peut imaginer le tableau suivant. La plupart des maisons se pressent autour du Sanctuaire. Plus l'on s'en éloigne, et plus la densité de peuplement faiblit. Les habitants font d'ailleurs une distinction entre les habitants du centre (Al-Bithath), et ceux des faubourgs (Az-Zawahir), ces derniers étant moins bien considérés. Au sud, à l'ouest et au nord, au débouché de la cuvette, trois remblais de terre servent de remparts de fortune. Sur tout le reste du périmètre les hautes collines qui entourent la cité suffisent à la protéger des possibles assaillants. Il est difficile de se faire une idée du nombre total d'habitants. Les sources parlent d'une dizaine de grands clans, chaque clan doit compter en moyenne une cinquantaine de personnes (certains atteignent probablement deux centaines de membres mais d'autres n'en ont que quelques dizaines), ce qui donne environ cinq cents kurayshites au minimum. Tous ces clans possèdent des esclaves et entretiennent des clientèles, ce qui amène à poser une estimation comprise entre deux et cinq mille habitants.

La vie est plutôt difficile à La Mekke. A la saison des pluies les inondations ne sont pas rares mais durant l'été, les températures atteignent des sommets. Héritage probable de l'ancien nomadisme, la plupart des familles mekkoises quittent donc la ville pour s'installer dans leurs propriétés de campagne, à Ta'if ou bien dans le Wadi l-Kura, où ils possèdent des jardins et d'où ils font venir les fruits et les légumes consommés à La Mekke. Ne demeurent alors dans la fournaise estivale (kayz) de La Mekke que les plus pauvres de ses habitants. Les conditions climatiques et topologiques interdisent la pratique d'une agriculture, qu'elle soit sèche ou irriguée. Le blé consommé sur place est donc importé d'Egypte ou du Yémen, de même que la plupart des autres denrées. Si les Mekkois peuvent se le permettre, c'est qu'ils sont de grands commerçants (tudjara, sing. tadjir).

. L'économie

On a beaucoup glosé sur la nature du commerce mekkois. Simple commerce régional intertribal ou grand commerce international ? En fait, cela a sûrement varié au fil du temps. Les guerres entre Byzance et la Perse, en bloquant la route iranienne ont du accroître la fortune des marchands arabes. Ceux-ci relient les marchés du Yémen (comme Nadjran) aux emporiums byzantins tels que Gaza et Bosra. Au début, les Mekkois s'étaient sans doute contenté d'aider les caravaniers étrangers dans leurs affaires, leur fournissant asile et nourriture et l'occasion de faire du négoce. Peu à peu les Mekkois montèrent leurs propres affaires et devinrent des marchands caravaniers estimés.

La caravane ('ir, kafila) se compose des marchands, des guides, des escortes, de leurs chameaux et de leurs ânes. Elle peut ainsi compter plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d'animaux. Les chameaux sont particulièrement bien adaptés aux conditions locales. Ils peuvent porter des charges allant jusqu'à 200 kgs, endurer des températures de 50°C et ne pas boire durant dix sept jours consécutifs. Contrairement aux bateaux, qui demeurent au mouillage durant l'hiver, les caravanes prennent la route toute l'année.

Chaque grande famille noble gère ses affaires elle-même et c'est la maison familiale qui sert d'entrepôt. Le père dirige l'entreprise, aidés par ses fils, ses épouses, ses clients et ses esclaves. Les plus riches font office de changeurs (sayrafi) et de prêteur sur gage. Les marchands les plus prospères de La Mekke appartiennent sans conteste aux clanx des Banu Makhzum et des Banu Abd Shams. Pour les grandes caravanes qui partent, l'une en été l'autre en hiver, plusieurs familles s'associent afin de constituer une sorte de consortium sous l'autorité d'un chef estimé. L'arrivée de ces caravanes annuelles donne lieu à de grandes réjouissances sur la grande place de La Mekke, autour du Haram, sorte d'agora où bat le coeur des activités commerciales.

Parmi les biens (kabd) transportés figurent du sel, des métaux (or, argent, plomb, argent), des tissus du Yémen ou de Syrie, de l'ivoire, du cuir, des produits cosmétiques (le henné, le kuhl) et bien sûr (mais peut-être pas autant qu'on l'a longtemps crû) l'encens et la myrrhe venus du Yémen et utilisés en abondance dans les lieux de culte chrétiens, mazdéens et païens. Certains marchands pratiquent aussi le commerce d'esclaves, soit en rachetant aux Bédouins leurs prisonniers de guerre trop pauvres pour payer rançons, soit en se fournissant en esclaves abyssins dans les ports de la côte africaine (à Zulla/Adulis notamment). C'est ainsi que les ancêtres du compagnon Bilal ibn Rabah ont du être achetés.

Les marchands et leurs guides vont à pied, sur des ânes ou des chameaux de selle. Ils transportent des provisions sous forme de sac de farine. L'eau qu'ils utilisent est stockée dans des outres de cuir. Durant le voyage, les hommes effectuent entre dix et vingt-cinq kilomètres quotidiens. Ils prennent la route avant l'aube et marche jusqu'à dix/onze heures du matin. Après quoi ils bivouaquent pour ne reprendre la route qu'en milieu d'après-midi, laissant ainsi passer les heures plus chaudes de la journée. A la tombée de la nuit, ils s'arrêtent à nouveau et campent autour du feu. Afin d'éviter les attaques de pillards, la plupart des marchands sont armés et montent la garde à tour de rôle. Cependant, pour prévenir tout danger ils préfèrent souvent payer à l'avance un droit de passage et d'immunité. Le chamelier règle son pas sur celui de ses bêtes et, pour ne pas penser à la fatigue il chante des poèmes sur un rythme bien particulier, le huda.

Le troc (mu'awwada) est à la base de la plupart des échanges, bien que l'on utilise parfois des monnaies byzantines et perses. Arrivés à destination, les commerçants déballent leurs marchandises et l'échangent contre des produits dont ils manquent et qu'ils troqueront une fois chez eux. Certains thésaurisent l'or et l'argent sous forme de lingots.

Tous les Mekkois ne sont toutefois pas marchands. Certains sont artisans, généralement orfèvres (djawhari) et/ou forgerons (kayn). Il doit exister aussi quelques potiers, des tanneurs et des artisans du cuir. Un célèbre compagnon, Khabbab ibn al-Arat, était forgeron à La Mekke. Enfin beaucoup d'habitants servent de chameliers pour le compte des grands marchands tandis que d'autres, moins bien lotis, se contentent de louer leurs services comme terrassier, maçon, pâtre, palefrenier, etc. La main d'œuvre servile occupe sûrement une grande place dans les activités économiques de la cité.

. La politique

Les Mekkois restent fortement attachés à leur passé nomade et, bien que sédentaires depuis plusieurs générations ils demeurent organisés en tribus et en clans très endogamiques. Ils tirent une grande fierté à n'être les sujets d'aucun roi. Ce n'est d'ailleurs pas le cas de tous les Arabes sédentaires de la péninsule. Au Yémen surtout, mais aussi dans les oasis et les villes du Nord (comme à Dumat al-Djandal ou Hira par exemple) existent des lignées royales bien implantées. A La Mekke, les décisions se prennent au sein d'un "conseil", le mala'a, organisé sur le modèle du madjliss bédouin et de la Boulê grecque. Les séances se tiennent dans un bâtiment prévu à cet effet situé près de Haram, la Dar al-Nadwa, qui est en fait l'ancienne maison de Kusayy, l'un des fondateurs de la puissance de Kuraysh. Au sein du mala'a, l'homme le plus influent est souvent le plus riche et le plus éloquent des commerçants, celui dont le charisme s'impose de lui même. Au début du sixième siècle de l'ère chrétienne Hisham ibn al-Mughira al-Makhzumi s'acquit une influence prépondérante au sein du sénat mekkois. Après sa mort, son frère Al-Walid ibn al-Mughira puis son cousin Abu Sufyan ibn Harb le remplacèrent dans ce rôle de primus inter pares.

Car ce sayyid respecté n'est pas un souverain, il ne dirige pas l'administration de la cité La Mekke. Les affaires courantes sont gérées par les familles descendantes de Kuraysh. A chacune a été attribuée une charge particulière. Certaines de ces charges peuvent être dites "civiles" tandis que d'autres ont un caractère plus religieux. Parmi les charges civiles ;
- La Nadwa (ou présidence de l'Assemblée des Anciens)
- La Ashnak (récupération du "prix du sang")
- Le Liwa (port de l'étendard et de l'Aigle de victoire durant les batailles)
- La gestion des relations avec les tribus confédérées de Kurasyh
- Le "Droit de veto" (sur les décisions prises par le Dar al-Nadwa)
- La Siyada (commandement des troupes et notamment de la cavalerie dans la bataille).

Parmi les charges religieuses ;

- La Hidjaba (ou sidana, garde des clés de la Ka'aba et de la Dar al-Nadwa ou se trouvaient respectivement les idoles et les emblèmes de Kuraysh)
- La Aysar (charge de divination au moyen des flèches, les Kuraysh prétendaient en effet pouvoir prévenir l'avenir et ne décidaient jamais d'une affaire sans consulter le sort)
- La Hukumah (garde des biens et des troupeaux offerts au Temple par les pèlerins)
- Le Niran (entretien des feux placés sur la route de Arafat afin de guider les pèlerins)
- Le Magarem (réparation du Sanctuaire en cas d'avaries)
- La Sikaya (approvisionnement en eau des pèlerins)
- La Rafada (approvisionnement des pèlerins durant leur séjour à La Mekke, il s'agissait en fait de collecter les dons des différents clans)

A mi chemin entre les charges religieuses et civiles se place celle de Nasi, dont le titulaire a pour fonction de décider du calendrier des fêtes et des jours de marché.

Toutes ces attributions sont à la charge des familles concernées, suivant un schéma que l'on peut observer à la même époque dans les pratiques édilitaires grecques et romaines. Si un clan n'a plus les moyens de les assurer, il peut les revendre à un autre, mais alors il perd de son prestige. La garde du Sanctuaire, en particulier, est une source de grande fierté pour les hommes de Kuraysh. A une date indéterminée, certains d'entre eux décideront d'ailleurs de former une fraternité entièrement dévouée à la défense de son caractère sacré, ils se nommeront Hums.

En raison de leurs activités commerciales les Kuraysh entretiennent d'importants réseaux de clientèles à travers la péninsule. Les Bédouins touchent les dividendes du commerce mekkois et ont un intérêt certain à assurer sa prospérité. Ils servent en effet de guides, ils obtiennent des rétributions de la part des caravanes qui traversent leurs territoires, ils marient souvent leurs filles aux Mekkois. Ils vendent à ces derniers une partie de leurs cheptels de chameaux et se fournissent auprès d'eux en colifichets, en armes et surtout en blé. Le pèlerinage annuel et les marchés sont une occasion de renforcer ses liens. Bien que de nature plutôt pacifique (comme tous les commerçants d'ailleurs), les Mekkois peuvent s'avérer de redoutables adversaires. On se rappelle que les Palmyréniens avaient jadis mis en échec les légions romaines avec des armées très semblables à celles des Arabes de La Mekke. Plus tard les hommes de Kuraysh sont parvenus à repousser une incursion yéménite en 570 de l'EC. En cas de conflit ils peuvent en outre mobiliser leurs alliés Bédouins. Autour de la ville, les Mekkois élèvent des chevaux de guerre dans des écuries, chevaux dont la seule possession leur vaut un grand prestige.

. La culture

La société mekkoise de l'époque païenne doit beaucoup ressembler à celles des royaumes nabatéens et palmyréniens de l'Antiquité, si ce n'est qu'elle est sans doute moins raffinée et moins complexe que ces dernières, puisque plus proche de son passé nomade et plus éloignée des influences perses, byzantines et yéménites.

Tout d'abord, elle est, semble-t-il, très inégalitaire. Une classe possédante, fière de son ascendance noble, gère les affaires politiques et commerciales de la cité, ne laissant aux autres que les métiers les plus vils. Cette classe possédante vit dans un luxe certes relatif mais qui tranche avec la simplicité des nomades. La sédentarisation a également détérioré la condition féminine et, si les femmes patriciennes de La Mekke, qui jouissent d'une haute considération en vertu de leur ascendance, portent comme leurs voisines syriennes de riches habits, des colliers de perles, des anneaux d'or, il n'empêche que les femmes de petite condition ont la vie dure et pratiquement aucun droit.

La prostitution est largement pratiquée. Les kiyan (sing. kayna), ou esclaves-chanteuses, font les joies de l'aristocratie de Kuraysh. Ces femmes chantent accompagnées de leurs musiciens et de danseuses. Les poètes tribaux sont très écoutés et sont régulièrement invités par la noblesse locale. Parmi les jeux les plus populaires auprès des adultes, le trictrac (nard) et la loterie (maysir). Les jeux de dés (osselets) bédouins sont également pratiqués. La consommation du vin, qu'il soit importé de Syrie ou produit localement au Hijaz, est très répandue.

La circoncision des enfants (khitan), les mariages (nikah), l'arrivée des caravanes annuelles, la célébration des diverses fêtes religieuses rythment la vie mekkoise.
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Talib
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MessageSujet: Re: II. La vie mekkoise   Lun 24 Sep - 15:37

Essalem aleikom

Merci pour cette présentation Abd95 qui gagnerait néanmoins à se voir pourvue de sources bibliographiques et de références historiques car on ne situe pas très bien la façon dont tu as reconstitué la vie mecquoise. Au passage d'ailleurs, un séminaire d'introduction aux religions pré-islamiques a lieu à l'EPHE au 17, Rue de La Sorbonne, présenté par Marie-Jeanne Roche. Vous pouvez consulter le programme sur le site de l'Ephe pour connaître les dates et le contenu de ce séminaire.

Une discussion assez intéressante mais inachevée a commencé sur Sabyl il y a quelques mois sur l'existence préislamique de La Mecque : http://sabyl.forumactif.com/Histoire-des-mondes-musulmans-f16/La-Mecque-pre-islamique-t97.htm
Il y a des ponts très intéressants montrant que La Mecque n'était pas une cité au-dessus des autres cités et qu'il faut relativiser sa place et son rôle dans l'Arabie pré-islamique. On peut même porter ce relativisme à la période post-islamique puisque La Mecque n'a pas été un centre de foisonnement culturel aussi important que Médine et ensuite Damas et Bosra. C'est une problématique qu'on pourrait développer, essayer de comprendre pourquoi justement La Mecque a toujours été un petit peu en retrait intellectuellement, mais aussi religieusement puisque seul le pèlerinage annuel lui donne son importance.

Bref pour revenir à la présentation d'Abd95, certains termes sont impropres. On ne parle pas par exemple d'un "sénat mecquois", même à titre symbolique mais passons là-dessus. Les ressources documentaires concernant la période de formation primitive de l'islam sont très rares. C'est presque une "période obscure" pour les historiens. Les données archéologiques traitent surtout du Yémen et des bordures du Yémen, de l'Arabie intérieure avec le site de Qaryat al-Faw mais ces données sont très antérieures au VIIème siècle et ne renseignent donc pas du tout sur la vie arabique de cette période. Les auteurs qui consacrent le plus de littérature sur cette histoire de l'islam primitif, ce sont des historiens musulmans tardifs parmi lesquels Ibn Al-Kalbi. Et les premières inscriptions épigraphiques retrouvées dans le Hedjaz sont postérieures à la révélation d'une quelque quarantaine d'années. Il faut donc considérer avec beaucoup de prudence les informations qu'ils lèguent puisqu'ils reconstituent une histoire à plus de deux siècles d'écart.

Comme exemple, la généalogie qui fait de Quraysh la tribu officielle de La Mecque. En fait, on a tendance à prononcer ce nom de famille comme s'il s'agissait d'un ensemble familial unilatéral mais on estime aujourd'hui, d'après les mêmes sources musulmanes que Quraysh désigne deux branches distinctes et non pas un seul clan. Les historiens musulmans ont procédé à des reconstitutions parfois tortueuses pour faire de Quraysh un clan unique duquel descendrait le prophète. Cela pose le problème de sa généalogie et donc de toute l'histoire islamique qui en découle.

Entre Quraysh et La Mecque, il y a beaucoup à discuter car si le terme Quraysh apparaît dans des écrits primitifs, comme la "charte de Yathrib" supposément rédigée en présence du prophète, le nom de La Mecque n'apparaît nulle part. Cela ne signifie pas que la ville n'existe pas mais qu'elle n'a pas pour les contemporains du VIIème siècle de réalité toponymique. Tout porte à croire que La Mecque n'était jamais désignée par ses habitants et que ceux-ci se faisaient simplement appelés "tribu de Quraysh". Citons les premières lignes de la charte de Yathrib pour le démontrer :

Ceci est un écrit de Muhammad le prophète (al-nabî) entre ceux de Quraysh et des gens de Yathrib...

On peut considérer que le nom de "La Mecque" est d'apparition tardive, ainsi nommé par les historiens musulmans. Ce n'est pas le cas pour Yathrib qui est nommé dans des documents très anciens du 6ème siècle avant J-C et qui figure comme une oasis. C'est important de le noter car si une oasis peut-être nommée dans des documents très antérieurs, on peut s'étonner que ce ne soit pas le cas de La Mecque que l'on présente comme une cité caravanière, même de relative importance. On peut tout aussi bien s'étonner que dans des écrits syriaques comme la Chronica minora, les chroniqueurs estiment que la ville du prophète est Yathrib et non La Mecque.

Ces quelques précisions d'ordre plus ou moins historiographiques pose le problème de la place de La Mecque au VIIème siècle, de son statut. Qu'est-ce que cette ville où seraient installés des "sédentaires", un sanctuaire, un clan et des tribus qui ne dit jamais son nom ? On est en face d'un réel souci toponymique et de crédibilité historique. La volonté du prophète de retourner à la Mecque est elle-même tendancieuse puisque ce tte ville reste destinée au seul usage du pèlerinage et ne deviendra jamais un centre politique. Il faut commencer à poser des hypothèses sur la vie mecquoise et son organisation telle que nous les rapportent les chroniqueurs musulmans tardifs. La Mecque semble située entre une oasis et une ville mais non pas comme un carrefour ni comme un centre politique et économique organisé.
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Ismael
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MessageSujet: Re: II. La vie mekkoise   Mar 25 Sep - 15:41

Bonjour

Message de Abd95 :
Citation :
Héritage probable de l'ancien nomadisme, la plupart des familles mekkoises quittent donc la ville pour s'installer dans leurs propriétés de campagne, à Ta'if ou bien dans le Wadi l-Kura, où ils possèdent des jardins et d'où ils font venir les fruits et les légumes consommés à La Mekke.

Le Jami' de Tabari évoque ces voyages pour parler de la sourate 106 :

Coran, 106 : A cause du pacte des Qurayshites, De leur pacte [concernant] les voyages d'hiver et d'été, Qu'ils adorent donc le seigneur de cette maison qui les a nourris contre la faim et rassurés de la crainte

Mais c'est en fait plus énigmatique. Alors, Christian Robin fournit des éléments pertinents dans L'Arabie Antique (1991) qui parle de ces voyages saisonniers des caravaniers bien avant le 7ème siècle.

Pour La Mecque :
Citation :
A la saison des pluies les inondations ne sont pas rares

Oui, c'est pour ça que la ka'ba est souvent reconstruite même à l'époque de Mohammed. Les inondations touchaient le sanctuaire et pour protéger les bétyles, les Qurayshites, les plaçaient dans des abris de boue.
Le sanctuaire est ancien, il protège les bétyles et pas seulement la pierre noire qui est le bétyle de Quraysh. L'insistance de Mohammed pour revenir à La Mecque s'explique par la possesion de ces bétyles. Un clan pouvait gagner son autorité et sa légitimité par la possession du bétyle. Pour que la religion de l'islam s'installe au Hedjaz, il fallait prendre le controle du bétyle pour mettre fin à la société clanique et instaurer un nouvel ordre.

Mais sur La Mecque en tant que nom de la cité, non, rien ne permet de le confirmer. Même l'expression ancienne "Rabb Mekka" qui signifie "Maître de La Mecque" ne signifie pas en fait qu'il s'agit de Dieu. Avant l'hégire, durant la grande époque des Kahin-s, de ses possesseurs de bétyles qui avaient le pouvoir spirituel sur les clans et parlaient pour les dieux, on appelait ces gens par le terme "rabb". Quant à "Mekka", si l'on voit comment les auteurs musulmans comme Tabari semblent juxtaposer ce terme à "Hatim" qui désigne la pierre, on peut penser que "mekka" est un nom commun qui veut aussi dire la pierre, ou le bétyle. La Mecque désignerait alors ensuite le nom de l'endroit où se situe la pierre. Mais du temps du prophète, "mekka" n'atait qu'une pierre qu'il fallait posséder pour avoir le pouvoir spirituel et qui était détenue comme bétyle par Quraysh.


Dernière édition par le Dim 14 Oct - 17:04, édité 1 fois
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Talib
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MessageSujet: Re: II. La vie mekkoise   Mar 25 Sep - 18:33

Essalem aleikom

Citation :
Quant à "Mekka", si l'on voit comment les auteurs musulmans comme Tabari semblent juxtaposer ce terme à "Hatim" qui désigne la pierre, on peut penser que "mekka" est un nom commun qui veut aussi dire la pierre, ou le bétyle. La Mecque désignerait alors ensuite le nom de l'endroit où se situe la pierre. Mais du temps du prophète, "mekka" n'atait qu'une pierre qu'il fallait posséder pour avoir le pouvoir spirituel et qui était détenue comme bétyle par Quraysh.

"Hatim" n'est-il pas plutôt traduit par "muret" ? Sur la juxtaposition des expressions "hatim" et "mekka", peux-tu s'il te plaît nous en donner un exemple ?
Est-ce que selon ce que tu sais, La Mecque constitue une cité au temps du prophète ?
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Ismael
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MessageSujet: Re: II. La vie mekkoise   Mar 25 Sep - 20:26

Bonjour Talib

Oui, généralement, on traduit "Hatim" par "Muret" et ça revient au même. Sur "Mecca" comme synonyme de "Hatim", Lammens en fait mention dans "Le culte des bétyles et les processions religieuses chez les arabes préislamistes" (1920).

Pour La Mecque, oui, les descriptions des sources musulmanes en font une cité (cf Abd95 et le premier discours ici). C'est d'abord un lieu de pèlerinage La Mecque, il y a un "bayt" dans cette région, une maison entourée d'une zone qu'on appelle le haram, qui avait sans doute des colonnes. Dans la maison il y a un bétyle, la pierre noire, qui prouve qu'il y avait un culte en fonction dans cette zone. Mais les Qurayshites n'étaient pas sédentaires, ils caravanaient beaucoup, possédaient des terrains plus dans le Nord, comme Abu Sufyan, ils commerçaient beaucoup vers la Palestine et puis ils ne s'installaient que très peu dans la région mecquoise, à cause des inondations dont on a parlé. Et ils allaient plutôt au Nord.

Il faut penser que les Qurayshites devaient venir à La Mecque pour le stockage des marchandises, c'est une zone géographique très sécurisée, et pour rendre un culte dans la maison où il y a le bétyle ainsi que toutes les processions très nombreuses d'un site à un autre, certains sont repris dans le pèlerinage musulman. Il devait y avoir aussi une organisation liée à ce culte et Abd95 en parle très bien, il y a des statuts, des kahin-s, des gardiens du sanctuaire etc. Il y a beaucoup de femmes qui participent aux processions, qui peuvent aussi être kahina-s, et surement les femmes et les enfants pouvaient rester un peu à La Mecque ou rester dans les autres campements selon les saisons.

Mais La Mecque n'est pas une ville au sens où justement, elle n'a pas avant l'islam de nom de ville, dans le coran, le seul repère mentionné, c'est la maison de Dieu, l'enceinte sacrée où est le bétyle, mais de vie quotidienne comme pour Médine avec des règles, des codes, il n'y en a pas dans le Coran pour La Mecque.

Lorsque le Mohammed s'est installé à Yathrib, il y avait un problème là-bas, c'est qu'il n'y avait pas de bayt comme dans la région de La Mecque, donc le système de pèlerinage était compromis, il fallait trouver un moyen de rattacher La Mecque à la nouvelle ville. Un de ces moyens était peut-être le changement de qibla pour la prière. Si Mohammed a reçu les premières révélations près du bayt de La Mecque, il n'y avait alors pas de raison de chercher un autre bayt.
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Haz
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MessageSujet: Re: II. La vie mekkoise   Jeu 27 Sep - 16:59

Salam alikoum

Un grand merci à Abd95 pour ce descriptif et un grand merci aussi à Talib et Ismael pour nous permettre d'en savoir un peu plus sur La Mecque et sa position au VIIème siècle. J'avais lancé il y a quelques temps un thread à ce sujet, intitulé La Mecque pré-islamique. Al-Shajara avait posté un lien d'un intervenant qui vouslait démontrer que La Mecque n'avait jamais existé : http://www.free-minds.org/articles/history/ayman1.htm.

Vu que tu as pour thème de recherche l'histoire de l'Arabie pré-islamique Ismael, est-ce que tu pourrais nous dire ce que tu penses des théories de cet intervenant ? Encore un grand grand merci.
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Ismael
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MessageSujet: Re: II. La vie mekkoise   Jeu 27 Sep - 18:26

Bonjour haz et merci pour ton intérêt. J'ai parcouru le site en anglais que tu m'as conseillé, c'est une théorie très intéressante, surtout la deuxième partie, sur les rites et leurs origines, c'est très instructif, vraiment. Mais dans l'ensemble, la conclusion à laquelle Ayman (?) veut arriver, que La Mecque n'existe pas, n'est pas convaincante.

Tous les spécialistes, qu'ils soient pour la théorie du coran écrit du temps du prophète ou pour la théorie du coran compilé sous Othman, sont d'accord pour dire que l'écriture arabe s'est développée à partir de 650-700. On sait que la plupart des premiers musulmans avaient des liens ou des terres dans le Nord arabique. On sait qu'il y avait beaucoup de transactions qui se faisaient vers la Palestine, je vous en citerai des sources que j'irai chercher à la bibliothèque sur Omar Ibn Al-Khattab, sur Abu Sufyan et sur d'autres compagnons de Mohammed. Il faut maintenant chercher les connexions avec le coran.

La première chose qu'on ne sait pas exactement, c'est à quel moment le coran a été mis par écrit. Même si on se met d'accord pour dire qu'il a été écrit du temps de Mohammed, on ne sait pas exactement à quelle moment de la prédication cette écriture a commencé. Certaines traditions parlent de feuillets que la soeur de Omar avait en sa possession, ce qui donne une origine ancienne à l'écriture du Coran, mais la tradition ne dit pas dans quelle tradition épigraphique ces feuillets étaient rédigés. On ne sait pas non plus si cette tradition est authentique et tout porte à croire que non.

Il est envisageable que le Coran ait commencé à être transcrit quand Mohammed a trouvé ses secrétaires, Zayd Ibn Thabit en premier lieu. Donc, la retranscription a pu être plus tardive, d'époque médinoise par exemple. Le Coran témoigne que c'est bien une langue arabe qui est utilisée :

Yusuf, 12:2 : "Nous l'avons fait descendre, un coran en arabe, afin que vous raisonniez."

Al-Raad, 13:37 : "Ainsi l'avons-Nous fait descendre sous forme de loi en arabe."

Al-Nahl, 16:103 : "... Or la langue de celui auquel ils font allusion est étrangère et celle-ci est une langue arabe bien claire."


Si le coran a été mis par écrit tardivement durant la prédication, au moment où commencent vraiment les débats théologiques avec les Gens du Livre et où le prêche de Mohammed n'est plus sentencieux mais régulateur, il n'y a rien d'étonnant à supposer que la tradition épigraphique utilisée soit celle du Nord Arabique, de consonnance plus prestigieuse en effet, plutôt que celle du Sud Arabique et des nomades locaux. Yathrib est nommée Médine, et "Médine" vient de l'araméen mdynt', ce nouveau nom révèle la dimension prestigieuse dans laquelle doit se développer la nouvelle religion.

Et, comme je l'écris au-dessus, les compagnons du prophète avaient des liens avec le Nord Arabique, des terres, de la famille, des campements aussi dans la mesure où ce sont des voyageurs. Tout cela a facilité la passation du coran dans cette langue arabe prestigieuse. Mu'awiyya, par exemple, avait une épouse dont les parents étaient chrétiens et vivaient en Syrie. Sous son règne, la copie du Coran en arabe devient plus structurée.

Est-ce que cela veut dire que La Mecque n'existe pas ? Pas du tout. La conclusion à tirer de la théorie de Ayman (?), c'est que le coran n'a pas été écrit à La Mecque mais à Médine et que La Mecque reste le centre névralgique vers lequel Mohammed va demander à ses compagnons de se tourner pour prier parce que là est le bétyle. La Mecque, c'est ce qu'on dit dans nos discours ici, n'est pas une cité mais un point de campement qui n'a aucune autre importance que son bétyle.
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Haz
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MessageSujet: Re: II. La vie mekkoise   Ven 28 Sep - 16:22

Salam alikoum

Merci pour ce commentaire. Si l'on peut considérer que Médine est la ville où a débuté la retranscription du Coran, je suis assez d'accord avec toi pour dire que cela n'indique en aucune façon l'inexistence de La Mecque. Le simple fait que des sources syriaques très anciennes désignent les musulmans par le terme "Muhajirun" montrent bien que ceux-ci étaient à l'origine une population qui a quitté un lieu pour s'installer en un autre lieu, à savoir Yathrib. Et comme tu le dis très bien, la présence du bétyle à La Mecque constitue un élément plus que pertinent pour dire que les Qurayshites ont eu quelque installation là-bas.

Je me pose à présent la question suivante : si le nom "La Mecque" n'était pas utilisé par les musulmans ni par les Chrétiens écrivant en syriaque, en Arménien ou autres dans les sources les plus anciennes, qui a donc utilisé ce nom pour désigner pour la ptoute première fois ce pays des Qurayshites ?
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Abd95
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MessageSujet: Re: II. La vie mekkoise   Lun 1 Oct - 16:32

Salam

En parcourant le nord de l'Arabie saoudite, des générations d'archéologues épigraphistes ont établi les relevés des graffitis laissés par les Bédouins à travers les âges ...

Cet immense corpus comprend plusieurs dizaines de milliers d'inscriptions. En les étudiant en détail, on est parvenu à isoler différentes traditions, comme le safaïtique, le lihyanite, etc.

Le plus remarquable, c'est que les inscriptions safaïtiques par exemple, sont attribuées à des populations nomades païennes ayant vécu aux alentours du 2e siècle apr. JC. Or, ces inscriptions sont signées, et les dédicaces nous indiquent parfois la condition de leurs auteurs. C'est ainsi que l'on a pu établir que certaines avaient été faites par des esclaves, par des femmes, etc. Preuve s'il en est que l'écrit était beaucoup plus répandu qu'on aurait pu le croire dans l'Arabie antique, y compris chez les nomades ...

Cf. http://www.mnh.si.edu/epigraphy/e_pre-islamic/safaitic.htm



Le fait que le Kur'an se réfère à l'Oratoire, au Mur, au Bayt ... lorsqu'il parle de La Mekke n'est pas concluant pour en déduire l'inexistence d'une cité. Il peut s'agir d'une synecdoque, c'est-à-dire d'une figure rhétorique dont le Livre saint donne de nombreux exemples ...
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al-shajara
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MessageSujet: Re: II. La vie mekkoise   Lun 1 Oct - 17:28

Abd95 a écrit:
Le fait que le Kur'an se réfère à l'Oratoire, au Mur, au Bayt ... lorsqu'il parle de La Mekke n'est pas concluant pour en déduire l'inexistence d'une cité. Il peut s'agir d'une synecdoque, c'est-à-dire d'une figure rhétorique dont le Livre saint donne de nombreux exemples ...
Intéressant !

Pourriez-vous developper (l'histoire de la synecdoque) ?

Paix sur vous
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Abd95
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MessageSujet: Re: II. La vie mekkoise   Mar 2 Oct - 0:32

Salam

On appelle synecdoque une figure de style consistant à désigner le tout par une des parties (pars pro toto) ... ou un concept général par un sous-concept ...

Par exemple, "l'Heure" dans le Kur'an désigne le Temps au sens large ... Le Ciel et la Terre désignent l'espace, ... etc.

De même, l'Oratoire est le coeur vibrant de La Mekke, son centre, son âme, ... elle existe par et pour lui ... par conséquent, on peut penser que dans le Livre, il n'est fait mention que de l'oratoire pour mettre en valeur cette dépendance absolue ...

Wa Allah 'alam
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MessageSujet: Re: II. La vie mekkoise   Mar 2 Oct - 10:21

Abd95 a écrit:
Salam

On appelle synecdoque une figure de style consistant à désigner le tout par une des parties (pars pro toto) ... ou un concept général par un sous-concept ...

Par exemple, "l'Heure" dans le Kur'an désigne le Temps au sens large ... Le Ciel et la Terre désignent l'espace, ... etc.

De même, l'Oratoire est le coeur vibrant de La Mekke, son centre, son âme, ... elle existe par et pour lui ... par conséquent, on peut penser que dans le Livre, il n'est fait mention que de l'oratoire pour mettre en valeur cette dépendance absolue ...

Wa Allah 'alam

Ah, d’accord.
Je réfléchissais à tous ces glissements de sens qui se produisent dans le Coran… Du lieu à l’activité qu’on y mène, d’une cause à sa conséquence, etc…
J’ai le sentiment qu’il y a de nombreuses figures de rhétoriques non encore découvertes dans le texte coranique.
Est-ce que quelqu’un a travaillé là-dessus ?

Paix

PS : dans un autre fil, peut-être, parce que là, on sort du sujet…
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Ismael
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MessageSujet: Re: II. La vie mekkoise   Jeu 4 Oct - 14:57

Bonjour

Haz a écrit:
Salam alikoum

Merci pour ce commentaire. Si l'on peut considérer que Médine est la ville où a débuté la retranscription du Coran, je suis assez d'accord avec toi pour dire que cela n'indique en aucune façon l'inexistence de La Mecque. Le simple fait que des sources syriaques très anciennes désignent les musulmans par le terme "Muhajirun" montrent bien que ceux-ci étaient à l'origine une population qui a quitté un lieu pour s'installer en un autre lieu, à savoir Yathrib. Et comme tu le dis très bien, la présence du bétyle à La Mecque constitue un élément plus que pertinent pour dire que les Qurayshites ont eu quelque installation là-bas.

Je me pose à présent la question suivante : si le nom "La Mecque" n'était pas utilisé par les musulmans ni par les Chrétiens écrivant en syriaque, en Arménien ou autres dans les sources les plus anciennes, qui a donc utilisé ce nom pour désigner pour la ptoute première fois ce pays des Qurayshites ?

Médine est le point de départ de la nouvelle religion, c'est quelque chose de certain car l'oasis est connue du Nord et existe dans les sources épigraphiques. En même temps, c'est à Médine que s'organise le culte musulman, la législation musulmane même très rudimentaire, les expéditions militaires, la datation de l'hégire etc...

Le nom "La Mecque" est d'utilisation relativement ancienne dans l'historiographie musulmane. On le retrouve chez Al-Zuhri mais je vais regarder des sources encore plus anciennes pour vérifier.

Je voulais juste préciser que dans des sources plus tardives chrétiennes comme la Réfutation de Barthélémy d'Edesse, les anêtres de Mohammed auraient été originaires de Madar et qu'ils se seraient déplacés vers Châm, deux noms de villes ou de régions qui n'apparaissent jamais dans les sources musulmanes. Mais il parle tout de même ensuite de La Mecque comme lieu d'installation des Quarayshites.
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al-shajara
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MessageSujet: Re: II. La vie mekkoise   Jeu 4 Oct - 15:40

Ismael a écrit:

Je voulais juste préciser que dans des sources plus tardives chrétiennes comme la Réfutation de Barthélémy d'Edesse, les anêtres de Mohammed auraient été originaires de Madar et qu'ils se seraient déplacés vers Châm, deux noms de villes ou de régions qui n'apparaissent jamais dans les sources musulmanes.

Pourriez-vous donner plus de détails ?
Où ces deux villes étaient-elles situées ?

Paix sur vous
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Ismael
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MessageSujet: Re: II. La vie mekkoise   Jeu 4 Oct - 17:07

Bonjour al-shajara

En fait, ces noms ne sont pas historiquement importants. Je m'excuse, j'ai écrit mais je dois compléter ma réponse précédente. La "Réfutation d'Aragène" de Barthélémy d'Edesse est un traité de controverse contre l'islam, écrit peut-être vers le 12ème siècle, c'est une oeuvre tardive. Les informations sur les ancêtres de Mohammed sont un détail dans ce traité mais pour notre discussion, ils sont importants. Les sources de Barthélémy sont diverses, il y a les sources musulmanes comme la sîra et les hadîths, il y a des sources venant de Chaldéens que Khoury déterminent comme étant nestoriens et il y a des récits populaires que Barthélémy a collecté auprès de communautés plutôt chi'ites ou chez les derviches tourneurs. Barthélémy parle bien de La Mecque et c'est logique puisqu'il tire certaines informations de la sîra mais il parle aussi d'autres lieux comme Madara et Châm qui seraient pour le premier une région plutôt yemenite et pour le deuxième plutôt à rapporcher des cananéens. Barthélémy citent ces lieux pour situer les ancêtres de Mohammed, la génération de son grand-père et leurs migrations. Il est notable que le Châm, s'il n'y a pas d'homonymie, soit une région, un pays convoité par les traditions religieuses, c'est le pays où s'est rendu Abraham. Il y a d'ailleurs une tradition qui dit que lorsque la mère de Mohammed a accouvhé, elle aurait vu jaillir une lumière permettant d'éclairer jusqu'au pays de Châm. C'est important de connaître ces lieux pas parce qu'ils seraient vrais mais parce qu'il témoignent des récits populaires qui circulaient dans le monde musulman et que les "historiens" ne compilaient pas dans leurs biographies. Comme l'avait dit Talib, la reconstitution de la sîra est très problématique par rapport à la généalogie du prophète et la reconstitution de la jahiliyya. C'est une donnée dont on peut tenir compte dans l'historiographie musulmane.
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MessageSujet: Re: II. La vie mekkoise   Lun 15 Oct - 2:56

Bonjour à tous,

Le sujet est intéressant.

Personne ne dit :" La Mecque n'a jamais existé".

Certains disent et avec de bon arguments historiques, c'est à dire en n'étant pas musulman ( c'est une évidence, quand on fait de l'histoire, il ne vaut mieux pas "croire" à son sujet, sinon, on ne fait plus de l'histoire...) : Muhammad, Quraysh, n'ont pas vécu au Hejaz ; la Mecque est une création post conquêtes.

Ce qui est totalement différent de dire que la Mecque n'a jamais existé, il faut quand même en convenir...

La thèse de l'islam c'est : une Révélation sort ex nihilo dans un environnement polythéiste par un prophète illettré...

Mais ça, c'est déjà une défense contre l'attaque : l'islam est une hérésie, telle que pouvaient le dire les chrétiens par exemple.

Et les musulmans répondent : "Non, ce n'est pas vrai, et ils sortent les sources islamiques, la sira, les hadith, etc, pour désarmer l'attaque.

Mais les sources islamiques, c'est biaisé, forcément biaisé, puisqu'elles ont quasiment le rang de Livre sacré : la Sunna.
Donc l'histoire islamique est devenue un dogme, au même titre que le reste puisque c'est par son départ (Révélation sortie ex nihilo dans un environnement polythéiste par un prophète illettré bien loin de tout "rapport" avec le judaïsme et le christianisme dans une ville suffisament loin de ces gens-là...) qu'elle peut échapper tout de suite à ce qu'elle est pour les autres : une hérésie ; je vous rappelle ce qu'est une hérésie au sens propre : une opinion.
Les musulmans disent alors, posant leur histoire :" La Mecque, c'est bien loin de tout, il n'y avait pas de juif ou de chrétien là bas pour enseigner le prophète, il n'y avait que des polythéistes ! " Et pour terrasser l'adversaire : " Notre prophète, il était illettré !"

Je vous laisse méditer et je reprends plus tard.
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MessageSujet: Re: II. La vie mekkoise   Lun 15 Oct - 11:41

As salam

Toute théorie dogmatique tend à susciter une contre-théorie tout aussi dogmatique, mais ce n'est pas pour cette raison que celle-ci est nécessairement plus vraie que la première ...

Ainsi au 19e siècle, Bruno Bauer avançait que Jésus n'avait jamais existé, mais avait seulement été un "concept" (thèse mythiciste) ...

http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A8se_mythiste_%28J%C3%A9sus_non_historique%29

Après plusieurs décennies d'affrontemments, aucun argument décisif n'est intervenu pour trancher ce débat ...
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MessageSujet: Re: II. La vie mekkoise   Lun 15 Oct - 16:30

Abd95 a écrit:
As salam

Toute théorie dogmatique tend à susciter une contre-théorie tout aussi dogmatique, mais ce n'est pas pour cette raison que celle-ci est nécessairement plus vraie que la première ...

Ainsi au 19e siècle, Bruno Bauer avançait que Jésus n'avait jamais existé, mais avait seulement été un "concept" (thèse mythiciste) ...

http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A8se_mythiste_%28J%C3%A9sus_non_historique%29

Après plusieurs décennies d'affrontemments, aucun argument décisif n'est intervenu pour trancher ce débat ...

Tout à fait mais ce n'est pas le problème ; chronologiquement, l'islam vient après le christianisme.
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Abd95
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MessageSujet: Re: II. La vie mekkoise   Lun 15 Oct - 17:42

Salam

Depuis des siècles des gens vivent à La Mekke

Alors pourquoi aurait-il été impossible d'y vivre au 7e siècle tandis que serait devenu possible au 10e ? Tandis que les conditions climatologiques et topographiques étaient demeurées identiques ... L'argument est donc irrecevable.

D'ailleurs, La Mekke est une ville qui se développe énormément ... elle compte aujourd'hui plus d'un million d'habitants. Preuve que l'environnement n'est pas si rédibitoire que cela ...
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