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 III. La vie médinoise

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Abd95
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Date d'inscription : 28/10/2006

MessageSujet: III. La vie médinoise   Dim 23 Sep - 19:20

3. A Médine

. Situation géographique

L'oasis de Yathrib/Médine, situé à 350 Km de La Mekke et à 160 Km de la mer se présente comme une grande plaine au fond de laquelle serpentent des lits de rivières (wadi), asséchées la plupart du temps mais qui peuvent se gonfler en cas de fortes pluies. La nappe phréatique est abondante et il suffit de creuser des puits d'une dizaine de mètre pour y accéder. Pour cette raison les cultures irriguées sont abondantes, et ce d'autant plus que le terrain est en grande partie de nature volcanique, donc fertile. A l'Est et à l'Ouest, deux champs de lave pétrifiée (harra) témoignent de la violence et de l'ampleur des éruptions de jadis. En 1256 de l'ère chrétienne une grande éruption eut d'ailleurs lieu qui faillit détruire une partie de la ville. Au Nord et au Sud, deux barrières de collines ferment l'horizon, les monts 'Uhud et les monts 'Ayr. Le port le plus proche est celui de Al-Djar.

. L'économie

La base de l'économie médinoise repose sur la culture du palmier dattier (phoenix dactylaphera, en arabe nakhl), arbre endémique de la péninsule arabique cultivé depuis le Néolithique. Le palmier est un arbre qui demande relativement peu de soin. Il atteint sa taille adulte après cinq ou six ans, soit 15 à 30 m. Les agriculteurs pratiquent une pollinisation artificielle car on cultive essentiellement des arbres femelles dont le rendement est meilleur. Les palmiers assurent une récolte annuelle (généralement en décembre/janvier) et sont abattus lorsque, trop vieux, ils ne donnent plus. Le palmier est principalement cultivé pour ses fruits, les dattes (tamar), qui sont très énergétiques et peuvent être consommés fraîches ou séchées. Plus l'ensoleillement a été important, et plus elles seront sucrées et donc recherchées. Mais du palmier on consomme également les bourgeons (les choux-palmistes), ainsi que la moelle (djumar) et la sève (lagmi). Celle-ci donne une liqueur très sucrée et très appréciée qui deviendra alcoolisée après fermentation. On utilise également les folioles pour les travaux de vanneries, pour confectionner des nattes, des cordes, de l'étoupe. Les troncs sont utilisés comme poutre et chevrons dans la plupart des habitations. Dans tout l'Orient, on brandit ses branches en signe de réjouissance populaire. Le palmier est cité vingt fois dans le Kur'an, preuve de la place qu'il occupe dans la vie des Médinois. On sait cependant qu'il existait également des cultures céréalières (orge et froment principalement), fruitières (oliviers, cédrat, grenadiers, figuier, vignes, etc.) et légumières (concombre, chicorée, blette, courge) auxquelles s'ajoutait la récolte de différentes herbes (bakl) odoriférantes pratiquée dans les potagers (anette/shibithth ; fenouille/basbas, basilique/rihan, etc.).

La vie paysanne s'organise dans l'oasis selon un rythme immémorial. Chaque matin l'homme s'en va aux champs d'où il revient à la tombée de la nuit. Les labours, les semailles, les travaux d'irrigation, les moissons, le battage, le dépiquage occupent les paysans une bonne partie de l'année. Le reste du temps ils font la cueillette des arbres fruitiers, réparent leurs outils et les murs de leur maison de terre, fabriquent de la poterie ou de la vaisselle tandis que les femmes s'occupent des enfants, effectuent des travaux de vanneries, filent la laine, traient les bêtes, moulent le grain, cuisent les galettes et rangent la maisonnée.

La division du travail est assez peu avancée. Les familles faisant elles mêmes leur pain et la plupart de leurs vêtements il n'y a donc guère de boulangers ou de tailleurs. Cependant, comme à La Mekke, l'activité artisanale occupe un certain nombre d'habitants à Médine. Il existe par exemple des forgerons (kayn) travaillant le fer, le bronze, l'or, le cuivre selon des techniques transmises de génération en génération. Ils fabriquent des épées, boucliers, lances (hanaza), outils domestiques ou de jardins, colliers et bijoux.

. La cuisine

La boisson principale est l'eau. On sert aussi quelques jus de fruit et de la liqueur de palme. Avec le lait (laban), les femmes font du beurre clarifié (samn) qui servira à la cuisine, ainsi que du fromage (akit, djubn). Dans les grandes occasions, une bête est abattue afin de fournir de la viande que l'on mange rôtie ou bouillie. Dans les très grandes occasions, on sacrifie un chameau. On récupère également le miel des ruches sauvages. Après avoir été récoltés, les grains de blé sont moulus jusqu'à en faire de la farine. Le pain (khubz), cuit au four (tannur) est assez rare et il est réservé à l'élite, c'est plutôt la galette plate qui s'impose dans les menus, qu'elle soit cuite sur une pierre (comme la tulma) ou sous la cendre (comme la malla). Parmi les plats traditionnels mentionnés dans la littérature prophétique figurent le tharid (panade de légumes dans lequel on trempe du pain émietté), le hays (à base de datte, de beurre et de lait), la dubba (bouillon de courge), le sawik (gruau d'orge que l'on peut transporter séché), la talbina et la harira (bouillies d'orge) et le khazir (bouillie de son). Les raisins secs sont également très utilisés. C'est donc une nourriture très riche. On mange assis en cercle (halka), autour d'un grand plat en bois ou en terre. Chacun se sert avec les doigts de la partie située devant lui.

. Le vêtement

La tonte des bêtes offre le matériel nécessaire à la confection de la plupart des vêtements usuels. Les vêtements plus spécifiques et plus richement ornés sont importés du Yémen ou du Levant. Certains sont en lin ou en coton mais l'usage de ces deux matières suppose déjà chez son possesseur une certaine aisance. Les vêtements sont souvent blancs, surtout l'été, mais ils peuvent aussi être teints en bleu, rouge, vert, marron, ou bien d'un dégradé de ces diverses couleurs ou bien encore rayés. Les plus riches portent parfois des vêtements de soie (dibadj). Les hommes portent le pagne (izar, hakw, sirwal ou tubban). Lors des travaux dans les champs ils ne mettent pas d'autres vêtements. Sinon ils ajoutent à leur pagne une chemise fine recouverte d'une tunique (khamis, shamla, siyara, thawb) et, si le temps l'exige, ils lui ajoutent un manteau (burda, djubba, hulla, kaba, aba'a, rida, namira, etc.). Certains hommes portent une ceinture de cuir afin de pouvoir y accrocher leur poignard. Les tuniques et les manteaux peuvent avoir ou ne pas avoir de manche ou de capuche, leur découpe et leur longueur n'obéit pas à des règles strictes. Plus l'individu est d'un haut rang social toutefois, et plus ses vêtements seront amples et tombants. Le pauvre ne possède quant à lui qu'un seul vêtement qu'il rapièce tant qu'il le peut. Les femmes portent les mêmes vêtements que les hommes (pagne, tunique, manteau), mais les leurs sont plus amples afin notamment de pouvoir y déposer divers fardeaux. Les femmes de haut rang se dissimulent devant les étrangers en rabattant leur grand voile sur le visage. Les femmes de petite condition, les vieilles, les adolescentes et les esclaves vont tête nue. Les enfants et les pauvres sont nus pieds. Les adultes portent des scandales (na'l) de cordes ou de cuir. Celles des femmes ont des clochettes. Seuls les plus riches portent des bottines de cuir (khuff) très coûteuses, mais tout le monde se déchausse en entrant dans la maison. Comme les Bédouins, les hommes portent parfois le turban (imama). En voyage ils le replient sur leur visage afin d'éviter la morsure du sable et l'éclat du soleil. Chaque tribu a sa façon de nouer le turban et parfois sa couleur propre. Le bonnet de feutre (tartura) est également répandu. Les hommes âgés portent la barbe (lihya) et se la teignent parfois. Les femmes aisées possèdent de riches colliers, bracelets, bagues, anneaux, boucles, etc. là encore en fonction de leur condition matérielle.

. Les déplacements

Contrairement à ce que l'on pense, les hommes ne montent des chameaux (lorsqu'ils en possèdent) que lors des grandes occasions ou pour les très longues distances, le chameau étant essentiellement un animal de bât et non une monture. La plupart des hommes et des femmes vont donc à pied. On utilise aussi fréquemment l'âne et la mule/mulet. Les chevaux sont très rares, plus encore qu'à La Mekke et ils sont réservés aux membres de l'élite politique (comme c'est le cas au Niger encore aujourd'hui).

. L'habitat

Les maisons (dar) des plus pauvres des médinois sont simplement faites de branches de palmier séchées tenues au sol par des cordes (comme les barasti encore en usage dans certaines régions d'Arabie). Celles des autres habitants sont généralement faites en pisé (tibn), en brique crûe (tawb) ou plus rarement en briques cuites (adjur). Les murs sont enduits de chaux (le corail est abondant sur la côte). Ces bâtisses sont le plus souvent d'une ou de deux pièces (hudjra) et de plein pied. Une échelle de bois de palmier permettant d'accéder à la terrasse. Elles s'ouvrent parfois sur une cour entourée d'un muret et dans laquelle est parfois suspendu un velum qui protège du soleil et rappelle la tente nomade. C'est dans cette cour que se fait la cuisine et que les locataires passent l'essentiel de leur temps. L'ameublement intérieur est quant à lui très spartiate, fait de quelques coffres de bois. Dans certaines maisons, on trouve parfois un lit (sarir), des tapis (bissat) et des coussins. On mange et on couche généralement à même le sol en terre battue, sur de simples nattes. Une porte en bois verrouille l'accès. A l'intérieur la lumière provient d'une étroite fenêtre. Des lampes à huile pallient l'obscurité nocturne. Autour de ces modestes demeures des silos à grain en pisé servent à conserver les récoltes et à les protéger des rongeurs. Les maisons de Médine sont souvent regroupées autour d'un fortin de pierre (utum, pl. atam). On compte près d'une centaine de ces fortins dans tout l'oasis. Chacun d'eux appartient à un clan qui s'y réfugie en cas de danger. Les plus puissants et les plus vastes appartiennent aux Arabes judaïsés qui habitent au Sud-Est, le long des wadi Mazhur et Mudhaynib.
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