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 Rebelles abbassides

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Abd95
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MessageSujet: Rebelles abbassides   Jeu 1 Nov - 20:54

I. Al-Mukanna

L'homme qui, sous le nom d'al-Mukanna, fit trembler d'effroi la Perse orientale et le Khorasan durant plusieurs années entre 774 et 779, s'appelait en réalité Hashim ibn Hakim - bien que-là encore il se fut sans doute agit, non de son véritable nom, mais d'un nom d'emprunt arabisé. Il naquit à Marw (Merv), peut-être vers 730, au sein d'une famille de tisserands (kasar) perses récemment convertis à l'Islam. Alors qu'il était encore jeune il rejoignit les forces abbassides qui prêchaient le renversement du pouvoir omeyyade. D'abord secret, le mouvement entra en lutte ouverte à partir de 747. Recruté dans l'armée par le chef des missionnaires abbassides de Marw, Abu Muslim al-Khorasani, Hashim ibn Hakim suivit aveuglément son nouvel instructeur. Il participa au cours des années qui suivirent aux durs combats qui aboutirent à l'effondrement définitif de la dynastie syrienne (748-750). Sous le règne d'al-Saffah (750-754), le premier calife abbasside, Hashim fit probablement parti de l'armée islamique qui vainquit les forces chinoises à la bataille du Talas, toujours sous les ordres d'Abu Muslim (751).

Après la trahison et l'exécution d'Abu Muslim par le nouveau calife Al-Mansur en 755, Hashim ibn Hakim profita de l'émotion suscitée au sein de la population khorasanienne. Il commença à recruter des partisans dans l'espoir de venger son défunt maître et protecteur. Il attendit patiemment son heure et, en 774, peu de temps avant la mort d'Al-Mansur, il proclama la déchéance des "Fils de Abbas", coupables selon lui d'avoir trahit l'espoir qu'ils avaient eux-mêmes suscité.

Il lança ses hommes à l'assaut des forces califales présentes dans la région et son influence s'étendit rapidement. Il se mit alors à porter en permanence un grand voile de soir blanche sur le corps ainsi qu'un masque d'or sur le visage, accoutrement qui lui valut le surnom d'al-Mukanna, litt. "Le Voilé", "le Masqué". Ainsi vêtu il se présenta aux peuples du Khorasan et de la Sogdiane comme le dépositaire de l'œuvre d'Abu Muslim, comme un nouveau prophète et, selon certains, comme une incarnation divine. Ces dernières affirmations ont toutefois été contestées par certains spécialistes. Ces derniers pensent qu'al-Mukanna était peut-être plus orthodoxe que les hérésiographes à la solde des califes de Baghdad n'ont bien voulu le dire.

Toujours est-il que ses hommes, parmi lesquels on trouvait des Perses essentiellement, mais aussi des Turcs et quelques Arabes vantaient les miracles et les guérisons dont leur maître se rendait selon eux responsable. Tous s'habillaient en blanc, afin de mettre en valeur leur opposition à la couleur noire des Abbassides. Durant près de trois années (774-777), ils étendirent leur pouvoir sur une grande partie de la partie orientale du califat, détroussant les caravanes, occupant les villages isolés, menant de sanglantes embuscades contre les forces fidèles au régime. A l'apogée de son "règne", al-Mukanna pouvait même se permettre de battre monnaie. On a d'ailleurs retrouvé certaines d'entre-elles, sur lesquelles ont lit en arabe la devise suivante ; "Dieu ordonne la fidélité et la justice".

Bien évidemment, le nouveau calife abbasside al-Mahdi ne pouvait se permettre de traiter plus longtemps une telle menace à la légère. En 777 il dépêcha de nouvelles et importantes forces dans la région. Celles-ci surent assez vite rétablir la situation. Enfermé dans sa forteresse de Sanam, Al-Mukanna y soutint encore un siège épique de deux ans. Il s'empoisonna finalement, à moins qu'il ne soit mort les armes à la main, tandis que ses adversaires pénétraient dans la ville (779).

Les partisans d'Al-Mukanna fidèles au souvenir d'Abu Muslim, qu'on appelait les Khuramites, maintinrent une activité de plus en plus ténue dans les régions les plus reculées du Khorasan jusqu'au 12e siècle de l'EC. Sa figure haute en couleur a souvent hanté l'imagination des historiens. Il n'est pas jusqu'au romancier argentin Jorge-Luis Borgès qui ne lui ait consacré une nouvelle en 1934.
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MessageSujet: Re: Rebelles abbassides   Jeu 22 Nov - 0:04

II. Babak


Babak (Papak en persan) naquit vers 790 au sein d'une famille de marchands d'huile de culture perse et de religion mazdéenne. Les voyages qu'il effectua à travers la Perse lui firent prendre en haine le régime abbasside. Il rejoignit le mouvement clandestin des Khuramiyyah qui, depuis sa fondation en 770, s'était radicalisé et regroupait désormais une majorité de mazdéens ou de crypto-mazdéens à tendance mazdakite.

En 200/816, il déclencha une révolte contre le pouvoir abbasside depuis la ville de Badhdh, dans la région d'Ardabil. Il fut immédiatement rejoint par une partie de la noblesse perse païenne des hautes terres du Mazanderan et du Tabaristan. Au cours des vingt années qui suivirent, les armées successives envoyés depuis l'Irak pour tenter de le réduire lui et ses nombreux partisans furent incapables de mener leur mission à bien. La guerre qui fit rage durant cette période fut inexpiable. Contrairement à d'autres, elle est connue dans le détail grâce aux chroniqueurs bagdadiens, Al-Tabari en particulier.

Les forces de Babak étendirent leur autorité jusque sur une bonne partie du quart nord-ouest de l'Iran. En 827 des soulèvements éclatèrent à Ispahan et dans le Fars faisant craindre un embrasement général de l'Iran. Aux considérations religieuses s'ajoutaient des causes d'ordre social. Les Babakistes pratiquaient en effet la religion mazdéenne (qu'ils appelaient le khoram din, la "religion de la joie") mais aussi le partage des biens et des terres. Ils professaient la transmigration des âmes, le dualisme, n'appliquaient pas la loi islamique et s'en prenaient même avec une grande cruauté aux musulmans qui tombaient entre leurs mains. En 220/835, le calife Al-Mam'un dépêcha sur place le général bactrien Afshin qui, grâce à une stratégie habile, réussit finalement à réduire l'insurrection.

Capturé en 837, après avoir été trahi par les princes arméniens chez qui il s'était réfugié, Babak fut envoyé les chaînes aux pieds jusqu'à Samarra où, devant la foule amassée, il fut supplicié et exécuté l'année suivante (janvier 838). Les nationalistes azéris et persans le considèrent toujours comme un héros.
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MessageSujet: Re: Rebelles abbassides   Jeu 22 Nov - 0:25

III. Sahib al-Zandj



Au 8e siècle de l'EC, les Abbassides avaient entrepris de remettre en culture les marais du bas-Irak et d'y développer à grande échelle la culture de la canne à sucre et du riz, ainsi que l'exploitation des marais salants. Pour cela, on avait fait venir en grande quantité des esclaves achetés sur les côtes de l'Afrique orientale, les Zandjs. Mais les dures conditions de vie dans lesquelles ils étaient maintenus les poussaient souvent à la révolte. Et ce d'autant plus qu'une fois convertis à l'Islam ils devenaient naturellement sensibles aux arguments des nombreux missionnaires alides et/ou kharidjites qui arpentaient la région, prêchaient la justice sociale et cherchaient à mobiliser l'énergie des habitants contre le pouvoir abbasside. L'un de ces missionnaires, 'Ali fils de Muhammad, allait bientôt les entraîner dans une grande épopée.

L'homme connu sous ce nom était né vers 840 à Wazzanin, près de Rayy, en Iran. Il prétendait être de souche alide mais sans doute descendait-il plutôt de colons arabes venus du Bahrayn et installés-là à l'époque Omeyyade. Toujours est-il qu'il intégra très jeunes les rangs de l'opposition clandestine au pouvoir et qu'il tenta de déclencher pour la première fois une révolte à Bahrayn. Il échoua, et dut se réfugier à Basra en Irak où, à nouveau, il tenta sans succès de soulever des partisans. Il tourna ses efforts de propagande vers les Zandjs et rencontra cette fois plus de succès.

Le 26 ramadan 255 (5 septembre 869), il se proclama ouvertement imam et promit la liberté et des terres à tous les esclaves qui le suivraient. Tout l'Irak entra alors en effervescence. Son éloquence et son courage lui valurent rapidement de nombreux adeptes. Beaucoup d'esclavagistes furent tués, de nombreux autres fuirent la région. Aux prises avec de très graves difficultés internes, à la fois financières et politiques, le califat semblait incapable de réagir. 'Ali en profita pour étendre son influence. Il rassembla bientôt derrière lui près de quinze mille hommes en armes, avec lesquels il repoussa les forces venues mettre fin à sa tentative insurrectionnelle. Il s'empara de Basra et de Ubulla, puis de Ahwaz et même de Wasit, menaçant directement Baghdad. Il fit construire un camp fortifié qu'il utilisa comme capitale et qu'il nomma Al-Mukhtara.

Tous ceux qui accompagnaient le "Seigneur des Zandjs" (Sahib al-Zandj comme on l'appelait) n'étaient toutefois pas des esclaves ; des déshérités de toutes part profitèrent en effet de l'anarchie ambiante pour rejoindre les forces insurgées. De riches marchands lui apportèrent également leur soutien, car l'imam avait fait supprimer les lourdes taxes prélevées par l'ancien pouvoir. 'Ali ibn Muhammad allaient en effet s'avérer un homme très habile. Il organisa un embryon d'Etat dans les villes qu'il avait "libéré", il mit sur pied une armée disciplinée et institua même une flotte marchande. A plusieurs reprises, le pouvoir samarrien lui offrit une porte de sortie et lui proposa l'amnistie en échange de sa reddition, mais il refusa toujours obstinément de trahir les siens.

Finalement, ayant mobilisé des forces importantes, le califat dépêcha le général Muwaffak qui parvint enfin à réduire les Zandjs au début des années 880. Capturé en safar 270 (août 883), 'Ali ibn Muhammad fut décapité et sa tête envoyé au souverain. Ses principaux adjoints subirent le même sort, mais de nombreux Zandjs furent incorporés à l'armée abbasside. D'autres s'enfuirent ou continuèrent à écumer la zone par petits groupes au cours des années qui suivirent. La grande révolte avait donc finalement été un échec. Mais elle eut une conséquence positive, puisque l'esclavage "pré-industriel" des Zandjs n'eut pas de suite et qu'on en revint à une pratique de l'esclavage domestique traditionnel.
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