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 Le commandant Mira (m. 1959)

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Abd95
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Date d'inscription : 28/10/2006

MessageSujet: Le commandant Mira (m. 1959)   Jeu 24 Jan - 17:41

Salam alaykum

Il ne s'agit pas d'un savant certes, mais d'un personnage éminent dont la vie éclaire d'une lumière crue l'histoire contemporaine de l'Algérie.

Abderahmane MIRA


Taghalat, 1922 - Chellata, 6 novembre 1959

Né dans une famille de paysans pauvres, Abderahmane Mira, fils de Améziane Mira se retrouve orphelin de père alors qu'il n'a pas deux ans. Séparé de ses deux frères aînés il est recueilli et élevé par l'un de ses cousins. Comme beaucoup de jeunes de son âge il ne va pas à l'école et garde les troupeaux de moutons de sa famille sur les pentes arides des montagnes du Djurdjura oriental. C'est une région pauvre, fief des Ath Mellikèche, connus pour leur rudesse et leur caractère rétif. En 1934 Abderahmane rejoint à Annaba son frère, Amar Mira. Plus tard il s'installe à Alger et exerce plusieurs petits boulots, et notamment celui de bagagiste à l'aéroport. Son tempérament emporté et une altercation avec un colon lui valent un court séjour en prison. Comme de nombreux kabyles il quitte l'Algérie pour la France après son service militaire avec l'espoir d'obtenir de meilleures conditions de vie (1946). Installé à Nancy, il travaille d'abord comme métallurgiste mais une nouvelle altercation avec un collègue français lui vaut un nouveau séjour en prison. En 1949, il débarque à Paris et s'associe avec un compatriote pour racheter un café près de la porte d'Aubervilliers. C'est là qu'il rencontre pour la première fois le monde du militantisme politique. Partisan convaincu des messalistes qui réclament l'autonomie de l'Algérie il rejoint le PPA-MTLD en 1950. En 1953 Messali Hadj demande pour la première fois l'indépendance mais refuse le passage à l'action armée. Un groupe de jeunes militants fondent alors le FLN.

Dès qu'il entend parler du futur déclenchement de l'insurrection déclenchée par le FLN en novembre 1954 Mira vend tous ses biens et revient dans sa patrie. Ayant pris contact avec les hommes de Krim Belkacem, responsable de la wilaya III du FLN qui englobe la Kabylie, il monte au maquis (1955). Krim a tôt fait d'apprécier la justesse de son choix. Au sein de l'Armée de Libération Nationale (ALN), bras armé du FLN, alors en pleine structuration, son courage et son énergie lui valent une rapide ascension. De simple caporal (djundi), il devient lieutenant (dhabet el-aouel) en 1955, puis capitaine (dhabet et-thani) en 1956 et enfin commandant (sagh el-aouel) en 1957.

Dans le même temps, le soulèvement prend de l'ampleur. Les ralliements au FLN deviennent de plus en plus nombreux parmi toutes les couches de la population. Mieux armés, les hommes de Mira deviennent aussi plus audacieux. Les sabotages se multiplient, poteaux télégraphiques détruits, lignes de chemin de fer dynamitées. Les postes militaires français isolés sont attaqués par des petits groupes d'insurgés. Dans les villages, les notables profrançais sont abattus. Le FLN tisse une administration parallèle (l'OPA) et un réseau d'informateurs qui le renseignent sur les mouvements ennemis. Bientôt les premières embuscades sont tendues contre les patrouilles et les convois ennemis, elles s'avèrent parfois très meurtrières. Et ainsi, au fil des mois, les zones boisées de la région natale de Mira, autour d'Akbou, deviennent peu à peu des zones interdites pour l'armée française et des lieux sûrs pour les soldats de l'ALN, qui entretiennent des liens étroits avec la population locale. En 1955-1957, avec les massifs de l'Atlas blidéen, ceux de l'Ouarsenis, les zones frontalières et la région de Collo, c'est l'un des rares endroits d'Algérie où les insurgés parviennent à tenir tête aux forces françaises en combat frontal.

Mira révèle des talents de meneur d'hommes. Il participe toujours aux opérations en première ligne. Comme celle de la plupart de ses soldats sa résistance physique est extraordinaire. A pied ou à dos de mulet, coiffé de son chapeau de brousse, il arpente les sentiers de la montagne kabyle, ne mangeant que très peu. Il fait des tournées d'inspections dans les douars reculés pour lever l'impôt révolutionnaire et organiser des "assemblées populaires". Il arpente les maquis, donne ses ordres, fait construire des abris, organise les ravitaillement. Comme il est toujours accompagné de son fidèle berger allemand, Mira se fait connaître comme "l'Homme au chien", on commence aussi à l'appeler le "Tigre de la Soummam''. En mars 1956, à la tête d'un détachement de 350 hommes il parvient à établir une liaison avec les soldats de l'ALN des wilayas 4 (Algérois) et 5 (Oranais). Exploit qui lui vaut d'être décoré de l'une des premières médailles attribuée sur le terrain. Lors de la réunion clandestine de l'état-major politique du FLN, au congrès clandestin de la Soummam en août 1956 c'est lui qui contribue à assurer la tranquillité de la zone en réalisant des opérations de diversions. Il paie un tribut personnel à la guerre. Sa famille est menacée. Son frère Amar meurt en opération à ses côtés. En mars 1957, le colonel Mohammed Saïd l'envoie en wilaya VI, dans le massif du Titteri, où activent les maquisards du MNA et où le chef local du FLN, Ali Mellah, est aux prises avec de sérieuses difficultés de la part de ses propres hommes. Mira, malgré ses efforts, ne parvient pas à rétablir la situation. Il attrape la dysenterie tandis que Mellah est assassiné par l'un de ses adjoints qui se ralliera ensuite à l'armée française. Le commandant retourne alors en wilaya III. En septembre de la même année il est exfiltré vers la Tunisie, pays désormais indépendant, où il arrive en décembre 1957.

Pendant un an il travaille à la formation des cadres militaires de l'ALN stationnés sur la frontière. A la mort de son ancien supérieur, le colonel Amirouche, en mars 1959, Abderahmane est nommé par le GPRA pour être son successeur à la tête de la wilaya III. Il parvient à contourner les lignes de défense de l'armée française et à regagner la Kabylie par les Aurès, ce qui ne constitue pas un mince exploit étant donné l'étanchéité des barrages ennemis. Arrivé sur place, il se réserve le commandement militaire et conserve Mohand Ould El-Hadj, l'ancien adjoint d'Amirouche, comme responsable politique. Après la terrible affaire de la "bleuite", qui s'est déroulé durant son absence, et qui a vu le colonel Amirouche, manipulé par les services français, faire exécuter de nombreux cadres du FLN faussement accusés de trahison, le moral dans les maquis est très mauvais. Mira prend des mesures afin de punir les responsables et il fait libérer les rescapés. Dans un geste de bonne volonté il fait également libérer plusieurs prisonniers français, civils et militaires, détenus par l'ALN.

Mais la France réagit à ces tentatives de conciliation par un usage encore plus grand de la force. Contre la Kabylie elle déclenche le 21 juillet 1959 l'offensive "Jumelles", mise en route dans le cadre du "Plan Challe". Ce sera la plus grande offensive militaire de la guerre. Le commandant en chef de l'armée française en personne, le général d'aviation Maurice Challe installe son QG au coeur même du fief de l'ALN, près de Tirourda. Il est accompagné de la fine fleur de son état-major. Le président De Gaulle lui rend visite et vient inspecter les opérations. Des colonnes de camions encombrent les routes. Jeeps, hélicoptères, avions, blindés, pièces d'artillerie lourde, le matériel et les hommes arrivent de tous les côtés. Aux 15.000 soldats français stationnés en Kabylie de façon permanente s'ajoutent alors 25.000 hommes supplémentaires. Un déluge de feu s'abat sur la région. Les combats sont intenses jusqu'en octobre. Ratissages, accrochages se succèdent à un rythme effréné entre les pitons de cette région rocailleuse. Le commandant Mira et ses hommes tiennent bon pourtant, et infligent même parfois des pertes sévères à l'ennemi. Mais le 6 novembre 1959, dans la zone du col de Chellata, Mira tombe finalement les armes à la main aux côtés de l'un de ses lieutenants, lors d'une embuscade nocturne tendue par les hommes du 2e RIMA, dirigé par le capitaine Tréguer. Suivant une pratique courante à l'époque, son corps défiguré par les impacts de balle est transporté en hélicoptère pour être exposé en place publique dans plusieurs villages de la région avant d'être enterré en un lieu secret. Il n'a jamais été retrouvé. A sa mort le commandant Mira avait trente-sept ans. L'offensive "Jumelles" aura quant à elle coûté à la wilaya III près de la moitié de ses six mille hommes. Moins de trois ans plus tard, l'Algérie devenait indépendante.

L'université de Bejaia fondée en 1983 porte depuis sa création le nom du commandant Mira, de même que l'une des principales avenues d'Alger, le long du front de mer. Il a été élevé à titre posthume au grade de colonel (sagh et-thani).
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http://www.elirshad.com/
hakima
Invité



MessageSujet: abderahmane mira   Ven 24 Avr - 11:20

bravo pour votre article,certes ce n'est pas 1 savant scientifique ,mais il l'a été en combat et en politique(M.T.L.D) pendant la révolution, courageux ,valeureux ,loyal,il s'est sacrifié fi sabil allah pour que nous vivions libres et independants! que dieu ait son ame au vaste paradis comme tous les chouhadas! allah yehamehoum et à nous de ne les jamais oublier!
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Le commandant Mira (m. 1959)
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